10 DECEMBRE 2016 : UN PANEL POUR LE JUBILE D’ARGENT DU RAMEAU

Par Maryse QUASHIE

Notre association a vu le jour le 8 décembre 1991, soit, quelques mois après la clôture de la Conférence Nationale. Ce rappel est important car en août 1991, les citoyens togolais pensaient que de l’engagement des mois précédents dont l’aboutissement avait été cette Conférence Nationale, allait naître une nouvelle société togolaise. C’est juste à ce moment que nous avons créé notre association car nous étions certains que, malgré tous les espoirs que portaient les mouvements sociaux des derniers mois, on ne pourrait assister à des transformations en profondeur de la société et des hommes togolais. Nous étions, en effet,  convaincus qu’aucun changement ne peut advenir si l’homme ne change d’abord lui-même ; or en 1991, ce qui était en voie, c’était au mieux un changement de régime politique. Il semble que notre analyse se soit vérifiée et que les Togolais attendent toujours la société de justice et de paix pour laquelle ils avaient lutté.

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     « A quoi sert donc cette lutte, puisque les choses ne changent pas ? » : telle est la question  que nous a posée  Salomon AMOUSSOUVI Première photo ci-dessous), un des participants à la rencontre du 10 décembre. La première partie de la réponse lui a été donnée par l’introduction à cette rencontre.

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En effet, après un échange à deux voix entre Julie MALEME (deuxième photo ci-dessus)  et Eric YARFORGMAN (troisième photo ci-dessus), tous deux  membres du Rameau, échange qui a permis de préciser nos choix, l’hymne du Rameau de Jessé a été magistralement interprété par Marthe BALOGOUN accompagnée à l’orgue par Roger DOGAN. Cet hymne dit justement toute notre foi en l’avenir, en l’avenir qui nous appartient, tel que le dit le refrain :

L’avenir arrive drapé de beauté

Fruit que promet la branche de Jessé

L’avenir est présent source de clarté

Fleur que porte la branche de Jessé.

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Le fait que c’est dans le cadre d’un panel que se situe la fête du jubilé d’argent constitue la deuxième partie de la réponse à notre interlocuteur : c’est nous qui construisons notre avenir, alors l’engagement ne pourra jamais s’arrêter, toute occasion est bonne pour se mettre en chemin pour construire le présent à partir de notre vision de l’avenir.

On se le rappelle, Le Rameau de Jessé a décidé de poursuivre la construction d’un espace d’échanges, démarré en 2015 par une série de conférences, en choisissant un seul thème pour 2016 : la pauvreté. En effet, la pauvreté constitue aujourd’hui un champ de réflexions et de controverses au niveau de la planète. A ce titre, les citoyens des pays africains ne peuvent pas éviter ce débat qui semble les concerner au premier chef puisque leurs pays sont classés parmi les plus pauvres du monde. Dans le courant de l’année 2016, il y a donc eu quatre rencontres autour de ce thème.

Alors que les amis du  Rameau de Jessé  s’attendaient à une cinquième rencontre, notre association a décidé de s’engager  avec une trentaine d’organisation de la société civile dans l’organisation des Universités Sociales du Togo sur le thème de la justice et de l’équité dans notre pays. Ces Universités on le sait ont été un vrai succès et ont enrichi la réflexion déjà engagée dans nos conférences, notamment en les illustrant par des témoignages et analyses dans les secteurs  agricole et minier.

Le calendrier initial du Rameau de Jessé a certes été bouleversé mais la réflexion et les échanges n’ont jamais cessé. Voilà pourquoi les conférences ont repris le 10 décembre 2016 : il s’agissait d’établir le lien entre la pauvreté en Afrique et l’Occident à travers la question  « Pauvreté : la solution hors d’Afrique ? »

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Pour répondre à cette interrogation, un panel de quatre personnes autour de Maryse QUASHIE, membre du Rameau de Jessé :

Richard ALEMDJRODO, Enseignant-chercheur en Droit des Affaires à l’Université de Lomé ;

Ferdinand AYITE, Directeur du journal  L’Alternative ;

Thomas KOUMOU, Ingénieur en Finances, président de Veille Economique ;

Koffi KPOTCHOU, Enseignant-chercheur en Sociologie à l’Université de Lomé.

D’entrée de jeu, les quatre panélistes n’ont pas été d’accord avec Aminata TRAORE, lorsqu’elle affirme : « Nous ne sommes pas pauvres, nous sommes appauvris et leurrés. Et l’issue au marasme et à l’humiliation est la lutte contre le système néolibéral, lequel secrète et orchestre la rareté qu’il prétend corriger ».

En effet, pour Monsieur KOUMOU, la pauvreté s’explique moins par le système néolibéral que par de  mauvaises options en matière économique, options qui ne vont pas dans le sens d’un partage équitable des richesses du pays mais de celui d’un enrichissement inouï d’un petit nombre de même que d’un alignement irresponsable sur des modèles fabriqués en occident, alors qu’on avait le choix d’adapter ces modèles à la situation de l’Afrique. Monsieur AYITE est allé dans le même sens affirmant que ce dont souffrait l’Afrique, et plus particulièrement le Togo, c’est une mauvaise gouvernance ; en conséquence la pauvreté ne cèdera pas tant que ce type de gouvernance perdurera.

 Monsieur  KPOTCHOU a attiré l’attention de l’assistance sur les questions de perceptions  et de représentations sociales qui peuvent expliquer une sorte de manque de confiance en soi des Africains pour trouver eux-mêmes solutions à leurs problèmes et la tendance à se tourner sans cesse vers l’Occident.

Monsieur ALEMDJRODO, quant à lui, dans sa longue expérience de vie en Occident (Allemagne, Canada, France) a remarqué que les Africains sont plus attachés aux modèles occidentaux que les occidentaux eux-mêmes, ce qui se remarque même en matière de relations. p1170545_  p1170556_  p1170502_

Alors si la source de notre pauvreté ne se trouve pas d’abord en Occident, a-t-on raison de quitter l’Afrique pour aller vers l’Occident pour fuir la pauvreté?

Le panel a d’abord évoqué la question de la « fuite des cerveaux », migration des diplômés vers l’Europe ou le continent américain. A ce propos,  Monsieur ALEMDJRODO a bien volontiers accepté d’évoquer sa propre histoire : parti pour faire des études, il a d’abord trouvé en Europe des opportunités d’approfondir sa formation dans un domaine pointu inexistant en Afrique, puis des possibilités d‘emploi se sont offertes… mais au bout d’un certain temps on a vite fait le tour et l’envie de revenir chez soi prend le dessus. Bref c’est le manque de réelles opportunités tant de formation que de travail qui explique, et en quelque sorte, justifie la fuite des cerveaux, alors que dans le même temps les pays d’accueil ne manquent pas d’exercer des sollicitations à l’endroit des Africains bien formés et compétents.

Se pose alors la question de savoir si la diaspora constituée par les Africains à l’étranger peut apporter une contribution à la lutte contre la pauvreté sur le continent. Monsieur ALEMDJRODO a fait état de deux types de problèmes qui freinent les initiatives : il s’agit d’une part des difficultés à mettre en place une action concertée, et d’autre part de celles à connaître les réels besoins dans les pays dont sont issus les membres de la diaspora. Souvent les bonnes volontés existent mais sont découragées par l’absence d’interlocuteurs sur place en Afrique. A ce propos, Monsieur KOUMOU a pointé du doigt les intellectuels africains qui ne jouent pas leur rôle d’alerte et se terrent souvent dans le silence. Quoi qu’il en soit, a fait remarquer l’orateur,  la diaspora ne peut pas  constituer une solution à la question de la pauvreté, car celle-ci provient des inégalités créées par la domination de groupes d’intérêt accrochés à leurs privilèges.

Pour en finir avec la question de la fuite des cerveaux ALEMDJRODO a évoqué les difficultés  de réadaptation de ceux qui font comme lui l’expérience d’un retour chez soi pour se mettre au service de leur pays, en particulier le mauvais accueil de leurs compatriotes.

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Le panel a alors abordé le second volet de la fuite vers l’Occident, celui de la migration des plus pauvres en quête de meilleures conditions de vie. Monsieur AYITE a ainsi informé l’assistance de l’existence d’une filière togolaise : celle-ci va de Lomé à Agadez (au Niger), puis les migrants sont pris en main par des passeurs qui les convoient vers la Lybie, mais déjà avant la traversée de la Méditerranée dont les média font si souvent état, le désert constitue un premier cimetière pour les migrants ; vient ensuite le cauchemar de la vie à Tripoli avec ses milices qui rançonnent les migrants, organisent des rapts, etc. Les migrants n’ont alors plus qu’un choix : traverser la Méditerranée au risque d’y périr ou mourir à Tripoli.

Il y a des Togolais parmi les migrants comme parmi les passeurs, a ajouté Monsieur AYITE, mais les autorités togolaises semblent ignorer le problème et les migrants sont abandonnés à eux-mêmes.

Cette situation perdure, a fait remarquer Monsieur KPOTCHOU,  parce que les migrants, jeunes pour la plus grande partie, ne peuvent pas, et ne veulent pas revenir chez eux en renonçant à une certaine réussite sociale, dont les caractéristiques dépendent du moule éducatif de l’école.

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Au cours du riche  et long débat qui a suivi les présentations du panel, l’assistance est tombée d’accord sur le fait que la migration ne constitue pas une solution à la pauvreté sans pour autant trouver les moyens de décourager les jeunes qui font ce choix. En effet, à part les changements politiques qui n’adviennent pas, il existe, a fait remarquer Monsieur Mamadou Alioune DIOUF, ressortissant sénégalais vivant au Togo, une pression familiale qui oblige le jeune, pour le départ duquel  on a fait des sacrifices, à montrer les signes de la réussite sociale quitte à masquer les difficultés réelles de la vie en Occident ; et cela d’autant plus que certains  migrants ont contribué à une relative richesse de leur famille.

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D’autres aspects du problème ont été évoqués : la question de la formation scolaire et religieuse qui maintient le lien avec l’Occident, la perspective de la création d’une monnaie africaine, etc.

Quoi qu’il en soit, tous sont tombés d’accord pour reconnaître que, quelle que soit la complexité du phénomène de la migration, la solution au problème de la pauvreté ne se trouve pas hors de l’Afrique,  et plus exactement hors des Africains eux-mêmes qui peuvent sortir de leur pays ou non mais doivent faire le choix de contribuer au bien commun de leurs concitoyens afin que la pauvreté diminue.

La fête des 25 ans du Rameau de Jessé s’est achevée par le partage du verre de l’amitié après une seconde prestation de Marthe BALOGOUN et Roger DOGAN.

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                         JOYEUX NOËL2016

                        BONNE ET  HEUREUSE  ANNEE 2017

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