COMPTE RENDU DU PANEL DU 27 Août 2016 : « 25 ans après la Conférence Nationale, quel espace à construire ensemble pour lutter contre la pauvreté ? »

Par Julie MALEME, Doctorante en Sciences de l' Education (INSE-UL) et Membre du Rameau de Jessé

Le samedi 27 août 2016, dans la salle de conférences du Centre de Recherches pour le Développement en Afrique Tropicale, (CRDAT), l’Association Le RAMEAU DE JESSE a tenu sa quatrième  conférence de l’année sur le thème : « 25 ans après la conférence nationale, quel espace à construire ensemble  pour lutter contre la pauvreté ? »
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Le Rameau de Jessé s’est saisi des 25 ans de la Conférence Nationale qui devait marquer une nouvelle ère dans la vie de notre pays pour continuer à réfléchir sur la question de la pauvreté qui concerne la majorité des Togolais. Pour  ce faire le débat a été placé sous l’angle de l’échange entre différents acteurs de la vie sociale à savoir un membre de parti politique, un membre de la société civile, un syndicaliste et un chef d’entreprise. Il s’agit respectivement du Professeur Komi WOLOU du Parti Socialiste du Renouveau (PSR),  de Mr Thomas KOUMOU, Ingénieur en Finances et Président de l’Association Veille économique, de Mr  Eloi NOUWOSSAN, Secrétaire Général des syndicats indépendants du Togo, de Mr Sylvestre MINLEKIBE, directeur de la société d’informatique IDS et membre du Rameau.

Ce panel a commencé avec une communication de Mr Magloire KUAKUVI, enseignant chercheur à la retraite mais aussi un  des acteurs de la Conférence Nationale au Togo.
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La conférence de ce 27 août s’est orientée de façon générale sur la possibilité de créer un espace  pour échanger sur les voies et moyens de faire face ensemble au fléau de la pauvreté tout en prenant en compte  les interrogations suivantes :

  • La lutte contre la pauvreté est-elle d’abord du ressort des décisions politiques ?
  • Quels pourraient être les apports spécifiques de chaque type d’acteurs dans cette lutte ?
  • Est-il possible de se mettre ensemble pour prendre un certain nombre de mesures sans attendre la mise en place de telle ou telle institution politique ?
  • Comment cela pourrait-il se faire concrètement ? Cela serait-il  être comme une suite des Etats Généraux nés de la Conférence Nationale ?
  • Quelles sont les garanties pour que cela ne soit pas une rencontre de plus ?

Après  le mot de bienvenu de Mr Roger FOLIKOUE, membre du Rameau de Jessé, Mr KUAKUVI a fait la genèse de la Conférence Nationale de 1991 et en a préciser l’objectif fondamental. Pour lui, cette Conférence n’était pas un effet de mode mais le résultat d’un mouvement politique international qui a donné aux Togolais un certain nombre d’acquis à l’instar de la Constitution de 1992  qui malheureusement  a été modifié de façon unilatérale par le régime en place.
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En donnant la parole à Mr KUAKUVI, les organisateurs ont voulu savoir si d’une part la Conférence Nationale a changé le quotidien des Togolais ces dernières 25ans, et d’autre part s’il y a des pistes pour poursuivre les changements annoncés et espérés et quels sont les obstacles à lever pour cela ?

L’on peut dire que le plus grand obstacle demeure la nature du régime et que le quotidien des Togolais n’a pas beaucoup changé dans la lutte contre la pauvreté. Car comment comprendre qu’un pays  PPTE (Pays Pauvre et Très Endetté) comme le Togo a produit au moins une quarantaine de milliardaires alors que la majorité reste dans la misère ?
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A la suite de  la communication de Mr KUAKUVI, Messieurs WOLOU, KOUMOU, NOUWOSSAN et MINLEKIBE avec la modération de Mme QUASHIE, membre du Rameau, ont débattu sur les questions sus-citées.
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A la toute la première question de savoir  si la lutte contre la pauvreté est-elle du ressort de décisions politiques, les panelistes ont tous reconnu le rôle incontournable du politique dans la mesure où la lutte  contre la pauvreté est une lutte nationale. En effet, la pauvreté étant définie dans un pays  par rapport à la non satisfaction des différents  besoins surtout vitaux, c’est par des décisions politiques qu’il faut mener la lutte.  Mr WOLOU a beaucoup mis l’accent sur des choix politiques dans la lutte contre la pauvreté. Car c’est le politique qui crée les conditions favorables ou non favorables de lutte contre la pauvreté. Bien qu’on puisse lutter individuellement contre la pauvreté, c’est la feuille de route des gouvernants qui favorise la réussite des actions individuelles qui sont isolées et qui ne peuvent pas de par leur nature  bénéficier  à l’ensemble de la population. La lutte contre la pauvreté exige, par conséquent, des décisions politiques valables et valides et non seulement des slogans.
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 C’est pourquoi, tout en reconnaissant le rôle primordial de l’Etat dans la lutte contre la pauvreté, les panelistes ont insisté sur le rôle de veille et d’éclaireur que doivent jouer  les différents organes auxquels ils appartiennent pour éviter des actions contre productives de l’Etat. Ils ont aussi fait remarquer qu’au Togo, leurs rôles de veille comportent beaucoup de limites car ils n’ont pas un réel pouvoir coercitif sur les gouvernants. Sinon comment comprendre par exemple que les cas de différents scandales financiers révélés par les journaux ne suscitent ni enquêtes ni décisions politiques ? Comment comprendre, par exemple, que dans un pays qui veut lutter contre la pauvreté on donne la priorité à remettre en l’état l’aérogare de Niamtougou plutôt que d’investir dans la plaine de l’Oti pour soulager la misère de la population ? Comment comprendre certains investissements dans notre pays alors que les besoins sont énormes dans nos centres de santé de référence ?  La lutte contre la pauvreté ne passe-t-elle pas par une hiérarchisation des priorités dans notre pays malgré le caractère  d’urgence de tout ce qu’il y a à faire ?  Mr KOUMOU de l’Association Veille économique a donné beaucoup d’exemple dans ce domaine.
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Les entreprises, dans un pays, luttent aussi contre la pauvreté en employant les personnes qualifiées, mais là aussi il faut que l’Etat crée les conditions favorables qui pourront permettre à ces entreprises de survivre en produisant de la richesse. Cet aspect a été mis en exergue par Mr MINLEKIBE. Et alors on peut se demander quelle politique fiscale dans notre pays ? On est en droit de réfléchir sur l’efficacité de l’action de l’OTR même si on est d’accord que payer ses impôts est un devoir pour tout citoyen. Pour Mr NOUWOSSAN, le bien-être des travailleurs doit toujours préoccuper les responsables politiques et là aussi l’Etat a un rôle indispensable car il est l’organe régulateur. Tout ceci montre la place et la mission de l’Etat dans la lutte contre la pauvreté. Dans un pays comme le nôtre il faut nécessairement de vraies et bonnes  décisions politiques pour lutter contre la pauvreté.

Mais en même temps, pour les panelistes, chaque acteur de la vie socio-politique doit aussi jouer son rôle et ce faisant, obliger l’Etat à respecter ses engagements. Mais au Togo, une de nos difficultés est  que la société civile est phagocytée par  les pouvoirs politiques et n’a plus son indépendance et cela nous conduit à des impasses. C’est ainsi que dans la société civile, on constate une sorte de reproduction de ce qui est reproché aux gouvernants et cela paralysent aussi la marche vers des réels résultats. La solution ne sera-t-elle pas dans l’alternance politique et un changement de mentalité ? Sur cette question il y a consensus mais comment y arriver ?
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Par une autocritique des partis politiques. Car, selon Dr KAMPATIBE du parti ADDI (Alliance des Démocrates pour le Développement Intégral), les partis politiques au Togo doivent faire cette autocritique et constater qu’ils avaient échoué dans leurs différentes stratégies et qu’il faut un cadre d’échange et d’analyse comme celui que nous offre l’Association Le RAMEAU DE JESSE qui donne la parole aux différents acteurs. Si nous sommes dans l’impasse, il faut que les partis politiques reconnaissent leur responsabilité car ils ont échoué à fédérer les énergies.

L’autocritique est donc nécessaire et indispensable pour reprendre la lutte et la conduire vers  des résultats efficaces. Dans cette autocritique, Mr MAHOULE du CACIT (Collectif des Associations de lutte contre l’Impunité au Togo) a souligné que certains leaders des partis politiques doivent changer de comportements et doivent savoir céder la place à des jeunes et non pas seulement les diaboliser. L’analyse critique, comme arme de l’intellectuel, est donc une phase indispensable. Car être capable de se remettre en question, c’est être capable de progresser.
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Les questions et  observations du public ont montré au cours de ce panel que l’un des maux qui minent le Togo est la mauvaise  conception de l’Etat. Ainsi pour Mr SETH de l’APED (Association des Praticiens de l’Education au Développement), à chaque régime correspond un ensemble de comportements et d’exigences. Nous disons que nous sommes au Togo dans une République mais les comportements  des gouvernants s’apparentent à ceux d’une monarchie. Il  faut changer de mentalité et de comportements car nous sommes dans une République qui doit donner la priorité au bien commun. Et par rapport à ce bien commun, le témoignage du Professeur DOSSEH, médecin de  profession, a été poignant. Car en effet, il a montré par ses propos le niveau du manque de matériel dans les institutions de santé dans notre pays. Il s’est aussi indigné du permanent silence des universitaires sur les problèmes politiques, juridiques, économiques et sociaux du pays alors qu’ils sont les détenteurs d’un savoir. Est-ce par peur, est-ce pour  des postes à défendre ou à avoir ou par simple indifférence  telle fut notre question au Rameau à la suite de cette légitime indignation ?  La lutte contre la pauvreté peut-elle être efficace sans une indignation ? Nous pourrons pensez ici au document de Stéphan Hessel, Indignez- vous.

Pour Madame OLYMPIO de la CDPA (Convention Démocratique des Peuples Africains), la question de la pauvreté ne peut pas nous laisser indifférents, car lorsqu’elle visite les centres de santé dans notre pays elle constate que la situation est grave et elle se demande comment sommes-nous arrivés jusqu’à ce point ? Pour elle, les panelistes nous ont donné des éléments de réflexion et il revient à chacun de nous de travailler avec ces informations.
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Pour d’autres intervenants, malgré le pessimisme et le découragement, il y a espoir, car  nous sommes bien dans une impasse mais la lutte doit se renouveler et il est donc impérieux de construire un espace de réflexion, comme celui de ce panel.

Le public tout comme les panelistes ont adhéré à la préoccupation du RAMEAU DE JESSE sur la nécessité pour les différents acteurs de la vie  sociale de se mettre  ensemble afin de sortir de la léthargie dans laquelle  se trouve notre pays. Les uns et les autres se sont interrogés sur ce que le peuple a  fait  depuis  plus de 50 ans d’indépendance et invite ce peuple à ses responsabilités.

A la fin du panel, Mme QUASHIE a souligné qu’il était difficile de conclure le débat à ce stade des échanges. Toutefois, elle souligne qu’au-delà d’un changement de régime, la sous- information et la désinformation sont le nœud du problème dans cette question de lutte contre la pauvreté. Car une personne ne peut se mobiliser  que si elle a les bonnes informations. Il y a des informations que nous ne savions pas et qui sont révélées au cours de ce panel par l’association  Veille économique. Il nous faut alors passer de la veille à l’alerte et cela  aussi nous oblige à un cadre d’échange.
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Le panel a pris fin avec la lecture du texte, « Il est temps ». Ce texte qui est de Mr Bertin  TOGBI a été lu  par Mr Fernand HOUNTON  et Mme Gisèle DOVI, tous membres du Rameau de Jessé :

«  Histoire !

Vas-tu te répéter à l’infini ?

Histoire ! Mon histoire !

Ne dois je te connaître qu’ainsi ?

Dis-moi ! Raconte-moi, terre de mes aïeux…

Laissez-nous évoluer !

Laissez-nous parler

Les choses doivent bouger

Pour qu’enfin l’espoir renaisse ! »

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1 Commentaire le COMPTE RENDU DU PANEL DU 27 Août 2016 : « 25 ans après la Conférence Nationale, quel espace à construire ensemble pour lutter contre la pauvreté ? »

  1. Nous sommes tous d’accord qu’aujourd’hui le problème des togolais est connu. Alors que faut- il faire je crois nous sommes sur la meilleure des voies informer suffisamment les concitoyens avec une idée de mobiliser l’ensemble des couches socioprofessionnelles. Et c’est là justement l’un des rôles que doivent jouer les sociétés civiles. on ne les apprend rien du tout. courage à nous tous on arrivera à coup sûr merci

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