Devenir un pays émergent, une solution contre la pauvreté ?

Par Prof. GOGUE Aimé, économiste, Université de Lomé

Après la première rencontre qui a eu le 13 février 2016, rencontre au cours de laquelle on avait essayé de définir le concept de pauvreté, le Rameau de Jessé a convié M Aimé T. GOGUE, universitaire car Professeur d’économie, mais aussi homme politique, parce que dirigeant un parti politique, à aborder le concept d’émergence.
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En effet, l’émergence est actuellement présentée comme la meilleure solution pour sortir de la pauvreté, pour les pays africains en particulier, pays africains qui en font eux-mêmes de plus en plus un slogan politique. Il était donc important de répondre à une première interrogation. Qu’est-ce qu’un pays émergent ?

L’exposé de M. GOGUE a permis de se rendre compte que la réponse à cette question n’était pas simple car beaucoup d’instances issues du monde de la finance, des institutions universitaires ou des organismes internationaux (Banque Mondiale par exemple) y donnent réponse à leur manière. Ce que l’on peut retenir c’est que ce concept forgé au début des années 1980 caractérise les pays en cours d’industrialisation avec un taux de croissance économique élevé qui fait d’eux les nouvelles locomotives de la croissance mondiale; ces pays présentent des opportunités d’investissements et de placements du fait de leur croissance et du développement de leurs systèmes financiers. En règle générale, la classe de départ est ce grand fourre-tout des « pays en développement». A l’arrivée, se retrouve dans la catégorie des pays émergents autant des pays à faible revenu (inférieur à 905 dollars par habitant) comme l’Inde ou le Viêtnam, à revenu intermédiaire inférieur (entre 905 et 3 595 dollars) comme le Brésil ou la Chine, que des pays à revenu intermédiaire supérieur (entre 3 595 et 11 115 dollars) comme le Mexique ou la Russie ou même des pays à haut revenu (plus de 11 115 dollars) comme la Corée du Sud ou Israël (classement de la Banque Mondiale).

Cependant, en définitive, un certain nombre de pays se retrouvent cités dans tous les classements il s’agit de l’Argentine, du Brésil, du Chili, de la Chine, de l’Egypte, de la Hongrie, de l’Inde, de l’Indonésie, de la Malaisie, du Mexique et de la Thaïlande.

Mais, ces pays sont-ils pour autant sortis de la pauvreté ? (En effet, c’est la pauvreté qui constitue la question fondamentale qui préoccupe le Rameau de Jessé.)

Sans affirmer que l’émergence a été une solution miracle, le conférencier a donné des exemples où émergence et diminution de la pauvreté sont allées de pair. Ainsi, comparativement à 1990, en 2015, au Brésil le pourcentage de la population vivant avec moins de 1,25 $ par jour est passé de 17,2 % à 6,1 %, en Chine de 60,2 % à 13,1 %, en Inde de 49,4 % à 32,7 %.
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Et qu’en est-il de l’Afrique ? Il faut reconnaître, a déclaré M. GOGUE, que s’il y a eu baisse de l’incidence de la pauvreté de 59 % en 1990 à 35 % en 2015, on constate tout de même qu’alors qu’en 1990, l’Afrique Subsaharienne abritait 15% des pauvres dans le monde, en 2015, ce chiffre est passé à 50%.

Faut-il en conclure que l’émergence ne constitue pas une solution pour l’Afrique ? Le conférencier a permis à l’assistance de donner sa propre réponse en énumérant les cinq grands blocs des conditions de l’émergence que sont :

 

  • la stabilité politique et macroéconomique,
  • le dynamisme économique et l’ouverture,
  • un cadre réglementaire de qualité (rationalisation des procédures administratives liées a l’exercice des activités économiques, lutte contre la corruption, système judiciaire efficace; état de droit…),
  • des bases à long terme du développement adaptées (capacité à absorber et à adapter les nouvelles technologies, disponibilité d’un secteur privé dynamique et compétitif, répartition équitable des fruits de la croissance pour renforcer la cohésion sociale, existence de bonnes infrastructures et d’un bon système de télécommunications…)
  • la capacité à et la volonté d’attirer les investisseurs (mise en œuvre d’une bonne promotion du pays…).

Et l’orateur a conclut la liste des conditions avec, the last but not the least, l’existence d’un consensus national sur les orientations ci-dessus énumérées pour les rendre irréversibles.
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Dans le riche débat qui a suivi et qui a comporté plus d’une vingtaine d’interventions, c’est surtout le cas du Togo qui a préoccupé l’assistance avec au fond une seule et même question : l’émergence est-elle un modèle à proposer pour notre pays ?
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Sans donner une réponse directe, M. GOGUE, en homme politique avisé, a donné à méditer le cas de la Malaisie qui a vu son revenu national par tête d’habitant multiplié par dix en 30 ans, passant de 368 dollars en 1970 à 3516 dollars en 2000, et où la pauvreté est passée de 50% en 1970 à 7% aujourd’hui. Dans ce pays, l’émergence a été bâtie sur cinq piliers :

  • une vision à long terme déclinée en un plan stratégique national et en actions opérationnelles,
  • une communication forte permettant l’appropriation de la vision par les populations
  • un partenariat étroit Etat -secteur privé,
  • la mise à niveau du service public,
  • la construction d’un consensus national,
  • l’adoption au niveau national des nouvelles valeurs conformes à l’émergence,
  • un dispositif institutionnel garant de la bonne gouvernance.

Ainsi, la « Vision 2030 », qui se voulait être un plan pour amener le Togo à devenir un pays émergent, a-t-elle des chances de réussir son pari, alors que la plupart des Togolais ne connaissent pas son contenu ?

A la fin de la conférence, l’assistance semblait se rallier à la boutade d’un des participants, l’émergence n’est-elle pas un nouveau « lièvre » derrière lequel on nous fait encore courir ? Le problème de la pauvreté ne demande-t-il pas plus de créativité ?
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4 Commentaires le Devenir un pays émergent, une solution contre la pauvreté ?

  1. Adamu issifu // 1 mai 2016 á 5 h 57 min // Répondre

    Au Togo on constate que la population a perdu toute confiance en l’État,et préfère généralement citer le benin,le Ghana,en exemple.on peut dire qu’elle se desinteresse des actions de l’Éta et même s’en moque la plupart du temps.Ainsi,ceci va en contresens de ce que Monsieur Gogué disait que l’émergence d’un pays doit compter avec la participation active de la population.Dans ce l’on ne devrait,pour le souci d’émergence du Togo ,songer d’abord à éduquer la population,une éducation sur la notion du patriotisme,afin que chaque citoyen se reconnaisse dans les actions de l’État et y participer fièrement en tant que fils de la nation…afin que renaisse,et que l’on se vant

  2. Adamu issifu // 1 mai 2016 á 6 h 09 min // Répondre

    Suite du commentaire:afin que renaisse la confiance,et que l’on se vante d’être Togolais et accepte travailler de concert avec l’État.L’analphabétisme aussi est un problème,pour un pays comme le Togo qui veut émerger.la population analphabète ne comprend rien de l’émergence 2030 et par conséquent reste indifférente.

  3. EFOÉ ATSOU DOSSOU // 6 mai 2016 á 1 h 27 min // Répondre

    L’émerge du Togo est-elle possible?
    on se demanderait telle question. Pour d’autres, cela ne sera pas possible, par contre pourcertains, il ya une possibilité.
    On dirait qu’il ya une possibilité. Mais il faut d’abord qu’on se debarasse de cette faible et nuisible mentalité que l’ancien régime nous a fait plongé. Cette peur absolue qui anime jour et nuit le Togolais. Ce dernier qui, amené à la raison dit: Dieu le fera… Jusqu’à quand Dieu le fera si nous ne savons pas nous sommes des décideurs et que l’état d’esprit dans lequel ns sommes, que nous pouvons d’abord changer nos mentalités et celle des autres.
    je me demande si l’émergence pourrait être possible lorsque les Leaders de ce Petit Togo opprime la population et les asservi??? Le Togo est malade de ses structures qu’ont lui a légués les Occidentaux????? Le pays pourrait-il émerger si on parle de la souveraineté de l’État, mais notre Togo se soumet à l’autorité souveraine de l’étranger pour assoir la Pure dictature??? Un pays pourrait-il émergé si les 73% des terres ne sont pas cultivés??? où le les récoltes agricole sont vendus aux étrangers????? où on construit de jour en jour des prisons et on refuse de construire des écoles et hôpitaux???? Peut on émerger dans un pays où on fait des milliards par jour mais qu’on a deux Universités qu’à plus de 60000 étudiants????
    Toutes ces choses trouble les Élites. Mais que doit faire, lorsque Titanique s’est détruit et qu’il n’y a passagersa bord????? Rest-il à en savoir

    LAISSER moi le confirme, que l’émergence du Togo est possible que lorsque nous prendrons d’abord une très décision de nous changer et de transformer la nature des autres; lorsque le Togo va repenser les biens fondés de ce qu’est l’éducation, lorsque le Togo jouera une politique d’ouverture de son Pays …

  4. Ayih-Agbémavi Amélé // 31 août 2016 á 20 h 13 min // Répondre

    Ne devient pas émergent qui veut. Pensez-vous un instant que notre cher pays le Togo a commencé, ou a franchi ne serait-ce qu’un pas vers une émergence? Pensez-vous que le Togo a initié ou a commencé à remplir une seule des conditions citées par l’orateur. Cela me fait mal pour mon pays. Cela me fait très mal quand je pense que tous les sacrifices consentis depuis 1990 n’ont donné aucun fruit ni même une germination. Quand je regarde la jeunesse de mon pays qui ne sais plus à quel saint se vouer. Quand je regarde autour de nous, les pays voisins qui font l’effort de mettre en place des jalons pour amorcer un semblant de développement. Nous sommes encore au point où on se bat pour que le Togo soit dirigé par des acteurs démocratiquement élus…… Je ne sais plus quoi penser. Sommes nous collectivement responsable de la situation de notre pays? la réflexion continue. Merci au Rameau de Jessé pour vos initiatives.

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