La reconnaissance de l’autre, chemin du mieux-être ensemble

Par Fernand HOUNTON, doctorant en philosophie et membre du Rameau de Jessé

Les verbes « être » et « avoir » abondent dans notre parlé quotidien. Nous les utilisons massivement, mais nous prêtons moins attention à ce qu’ils impliquent véritablement quant à notre identité. Le « je suis » me définit. Le « j’ai » indique la ou les réalités qui sont miennes. Mais très souvent, il nous arrive de confondre les fonctions de ces deux verbes d’autant plus que l’un peut être utilisé pour traduire l’idée de l’autre sans risque de se tromper. Ainsi, il n’y a pas de différence entre ces deux affirmations d’un jeune homme : « je suis le fils de Madame Y »; « j’ai une maman dont le nom est Madame Y ». Mais alors, ce que nous possédons nous définit-il nécessairement ? Notre identité d’humain s’épuise-t-elle dans nos biens extérieurs ?

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Il n’est en effet pas rare de rencontrer des actes qui révèlent une réduction de l’être à l’avoir, des actes qui semblent circonscrire l’essence de l’individu humain à ses réalisations et acquisitions mondaines. Par exemple, l’on entend souvent présenter les individus comme « propriétaires terriens », ou sous d’autres cieux, « industriels », « actionnaires », etc. Cela revient à dire que l’identité de Monsieur X lui est conférée par ses biens et sa dignité en dépend. Ainsi, plus nos possessions sont étendues, plus nos chances d’être estimés sont élevées. Et nous en faisons quotidiennement l’expérience. Dans notre société, le degré de reconnaissance est souvent fonction de la taille de nos avoirs. Le propriétaire terrien ou l’industriel a tous les honneurs, le démuni n’en a aucun. Nous célébrons des personnalités à cause de la notoriété qu’elles ont pu acquérir dans nos milieux grâce à leurs possessions. Nous vivons dans un monde où jouir de sa dignité d’homme à travers la reconnaissance sociale, représente pour le pauvre une équation d’une difficulté extrême. Et nous nous résignons à tolérer un tel modèle de société en supposant qu’isolément, nous ne pouvons changer la situation qui semble bien se présenter comme une fatalité. Mais n’est-ce pas alors enlever à l’homme son pouvoir créateur que de céder à ce fatalisme apparent ?

Bien sûr que la société n’est pas une simple somme d’individus ; mais il est possible d’oser une solution individuelle. Commençons par nous poser, personnellement, ces questions simples : que suis-je au-delà de ce que je possède ?; que représente mon prochain en dehors de ce qu’il possède en tant que biens extérieurs ? Ce faisant, nous parviendrons à un détachement à la fois de nous-mêmes et de notre semblable vis-vis de l’avoir.

Le propos, ici, n’est nullement l’apologie d’un quelconque puritanisme ou d’un dépouillement détournant de la jouissance des biens du monde. Le bien-être suppose nécessairement une suffisance matérielle. C’est connu que l’on n’est « jamais fort avec un vécu faible » (Thomas Idir). L’édification de l’être reste nécessairement redevable à l’avoir, d’une façon ou d’une autre. L’intention est d’indiquer un danger qui nous guette lorsque nous nous identifions entièrement à nos possessions.

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En réalité, cela ressemble à une aberration que de se définir rien que par ses possessions. Car même si l’être reste redevable à l’avoir, celui-ci ne saurait prétendre substituer sa nature à celle de celui-là. L’être humain, dans le langage phénoménologique, est un soi alors que l’avoir est un ça. Ainsi, s’identifier à des possessions extérieures, c’est en effet, se réifier. Lorsque le soi se convertit en un ça, il perd sa nature réelle. Un individu humain qui se définit rien que par ses biens matériels, en réalité, devrait susciter en nous la même indignation que celle que nous manifestons, par exemple, dans le cas du trafic d’enfants.

Notre identité ne s’annulerait-elle pas si les biens extérieurs dans lesquelles nous l’enfermons viennent à s’effacer ? Prenons le cas d’un très haut fonctionnaire qui, en considérant son parcours professionnel, ses réalisations et acquisitions matérielles personnelles, a l’habitude de déclarer publiquement qu’il a déjà tout accompli dans sa vie. Cela est peut-être juste. Certes ! Et si alors, comme dans la parabole biblique, Dieu lui disait : « ce soir même ton âme te sera demandée » ? Il ne sera certainement plus là pour réaliser qu’il est peut-être un « insensé » qui se croyait équivalent à ses biens extérieurs.

Ce que nous sommes véritablement n’est-il pas au-delà du matériel ? Voilà la question de réflexion pour chacun de nous. Car la construction d’un vivre ensemble passe par la reconnaissance de l’autre dans sa dignité liée avant tout à son être quelque que soit son avoir.

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                                                     L’être précède l’avoir et l’avoir fait l’être.

6 Commentaires le La reconnaissance de l’autre, chemin du mieux-être ensemble

  1. je pense que même si l’avoir participe à l’être, il n’en est pas la plaque tournante. déjà que c’est l’être qui détermine l’avoir dans la mesure où c’est la culture, le background, les astuces ou tout simplement l’intelligence qque l’on a qui nous fait très souvent acquérir des biensextérieurs.donc je suis d’accord avec votre argumentation.l’être précèdel’avoir.

  2. l’être précède l’avoir. je suis d’accord mais pourquoi est-ce que c’est l’avoir qui doit déterminer ou faire l’homme? Cela voudrait il dire qu’il faut forcément avoir pour manifester et valoriser son existence?

  3. Salut Monsieur GAGLO.
    Vous faites bien de parler d' »existence ». L’existence, me semble-t-il, signifie proprement le déploiement de l’être dans l’espace et dans le temps. Et cela ne saurait se réaliser sans un minimum d’avoir. Par exemple, pourriez-vous commenter ce texte si nous n’aviez pas accès à une machine électronique (ordinateur) et à la connexion Internet? Votre merveilleuse pensée que vous partagez ici, et qui vient de votre « être » n’a pu nous parvenir qu’au moyen de l’avoir.

  4. Très intéressant votre article Mr Fernand.je ne sais pas si je suis entrain de dévier le débat.mais permettez- moi d’exprimer cette idée: votre article nous dit en résumé que l’*être* au sens propre du terme doit être toujours visé par l’avoir sous toutes ses formes
    au risque de tomber parfois dans l’abus comme nous le montre certains dérives du capitalisme et autres fléaux?

  5. Merci à M. Fernand pour cette réflexion que je juge pertinente et qui permet de se poser des questions sur notre être au monde. Moi je crois qu’au delà de tout discours,l’homme ne se définit véritablement que par rapport à ce qu’il a matériellement. J’aurais accès à une bonne formation donc pour être mieux formé seulement si j’ai l’avoir et j’ose le dire si tu as effectivement l’argent et vraiment. seulement, ce qu’on peut dire, est que ce que j’ai soit seulement le fruit d’une bonne et digne guerre. En fin d’analyse moi je croit que malgré tout, c’est l’avoir qui conditionne l’être.

  6. Merci mr fernand. En guise de conclusion moi je pense qu’il faut etre pour avoir. car nous devons exister pour nous designer ou etre designe par quoi que ce soit ou qui que ce soit. merci

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