Présentation de l’encyclique « Laudato si » du Pape François

Par Vincent AGBOVI Sociologue, Enseignant- chercheur à l’université de Lomé, Directeur de CEDES Afrique et membre du Rameau

A six mois de la conférence mondiale sur le climat, le pape François a décidé de marquer les esprits, et pas seulement ceux des 1,2 milliards  catholiques mais de tout le monde entier.  Laudato si (24 mai 2015) est essentiellement consacrée à la sauvegarde de la planète, que le pape François nomme « notre maison commune ». La spécificité ou la particularité de cette encyclique est qu’elle est la 1ère du genre à aborder la thématique de la protection de l’environnement.

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Quelle est la problématique de cette encyclique ?

L’utilisation anarchique, irresponsable et abusive des ressources de la planète cause non seulement des dégâts énormes pour l’avenir de notre sœur terre mais elle constitue aussi un obstacle à l’épanouissement de l’homme. Selon le Pape, le monde est face à une crise écologique et climatique sans précédent, qui affecte de plein fouet les plus vulnérables, et sur laquelle il nous faut agir d’urgence.

 

Son objectif est de défendre notre « maison commune » à travers des approches de solutions politiques, économiques, sociales et religieuses.

Il dit qu’il s’est inspiré de St François, l’exemple par excellence de la protection de ce qui est faible et d’une écologie intégrale, vécue avec joie et authenticité.

L’encyclique de 187 pages est structurée en 6 chapitres

  • Ch1- Ce qui se passe dans notre maison
  • Ch2- L’évangile de la création
  • Ch3- La racine humaine de la crise écologique
  • Ch4- Une écologie intégrale
  • Ch5- Quelques lignes d’orientation et d’action
  • Ch6- Education et spiritualité écologiques

CH 1- Ce qui se passe dans notre maison

Dans ce chapitre, le pape a dressé une liste des problèmes qui secouent notre maison commune, la terre : la pollution et la société de déchet, la question de l’eau et la perte de biodiversité, la détérioration de la qualité de la vie humaine et la dégradation sociale.

Selon le pape, il existe des formes de pollution qui affectent quotidiennement les personnes et produisent une large gamme d’effets sur la santé, en particulier des plus pauvres, en provoquant des millions de morts prématurées. La disparition de forêts et d’autres végétations implique en même temps la disparition d’espèces qui pourraient être à l’avenir des ressources extrêmement importantes. Aujourd’hui nous observons, par exemple, la croissance démesurée et désordonnée de beaucoup de villes qui sont devenues insalubres pour y vivre, non seulement du fait de la pollution causée par les émissions toxiques, mais aussi à cause du chaos urbain, des problèmes de transport, et de la pollution visuelle ainsi que sonore. À cela s’ajoutent les dynamiques des moyens de communication sociale et du monde digital, qui, en devenant omniprésentes, ne favorisent pas le développement d’une capacité de vivre avec sagesse, de penser en profondeur, d’aimer avec générosité. Les moyens actuels nous permettent de communiquer et de partager des connaissances et des sentiments. Cependant, ils nous empêchent aussi parfois d’entrer en contact direct avec la détresse, l’inquiétude, la joie de l’autre. Tous ces phénomènes portent atteinte à la création.

CH 2- L’évangile de la création

Le pape dit : « Si nous prenons en compte la complexité de la crise écologique et ses multiples causes, nous devrons reconnaître que les solutions ne peuvent pas venir d’une manière unique d’interpréter et de transformer la réalité. Il est nécessaire d’avoir aussi recours aux diverses richesses culturelles des peuples, à l’art, à la vie intérieure et à la spiritualité ». Dans le premier récit de l’œuvre de la création, après la création de l’être humain, il est dit que « Dieu vit tout ce qu’il avait fait : cela était très bon » (Gn 1, 31). La Bible enseigne que chaque être humain est créé par amour, à l’image et à la ressemblance de Dieu (cf. Gn 1, 26). Cette affirmation nous montre la très grande dignité de toute personne humaine, qui « n’est pas seulement quelque chose, mais quelqu’un.

En plus, le pape nous met en garde : il serait aussi erroné de penser que les autres êtres vivants doivent être considérés comme de purs objets, soumis à la domination  arbitraire de l’homme. La vision qui consolide l’arbitraire du plus fort a favorisé d’immenses inégalités, injustices et violences pour la plus grande partie de l’humanité, parce que les ressources finissent par appartenir au premier qui arrive ou qui a plus de pouvoir : le gagnant emporte tout.

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CH 3- La racine humaine de la crise écologique

Il ne sert à rien de décrire les symptômes de la crise écologique, si nous n’en reconnaissons pas la racine humaine. Dans cette réflexion, l’accent est mis sur le paradigme technocratique dominant ainsi que sur la place de l’être humain et de son action dans le monde. On a tendance à croire « que tout accroissement de puissance est en soi ‘progrès’, un degré plus haut de sécurité, d’utilité, de bien-être, de plénitude des valeurs ». Le paradoxe  est que  «l’homme moderne n’a pas reçu l’éducation nécessaire pour faire un bon usage de son pouvoir » parce que l’immense progrès technologique n’a pas été accompagné d’un développement de l’être humain en responsabilité, en valeurs, en conscience. Et aujourd’hui l’humanité ne se rend pas compte de la gravité des défis qui se présentent.

En effet, l’anthropocentrisme moderne a fini par mettre la raison technique au-dessus de la réalité, parce que l’être humain « n’a plus le sentiment ni que la nature lui offre un refuge vivant. Il la voit sous la forme d’un espace et d’une matière où l’on jette tout, peu importe ce qui en résultera ». Or selon le récit de la création, Dieu a placé l’être humain dans le jardin (cf. Gn 2, 15) non seulement pour préserver ce qui existe (protéger) mais aussi pour le travailler de manière à ce qu’il porte du fruit (labourer). Ainsi, les ouvriers et les artisans «assurent une création éternelle » (Si 38, 34).

 

CH 4 : Une écologie intégrale

Selon le pape François, l’écologie demande de s’asseoir pour penser et discuter avec honnêteté des conditions de vie et de survie d’une société, pour remettre en question les modèles de développement, de production et de consommation. Aujourd’hui croyants et non croyants, nous sommes d’accord sur le fait que la terre est essentiellement un héritage commun, dont les fruits doivent bénéficier à tous. Par conséquent, toute approche écologique doit incorporer une perspective sociale qui prenne en compte les droits fondamentaux des plus défavorisés. Le principe de subordination de la propriété privée à la destination universelle des biens et, par conséquent, le droit universel à leur usage, est une “règle d’or” du comportement social, et « le premier principe de tout l’ordre éthico-social ».

La notion de bien commun inclut aussi les générations futures ; pour cela, on ne peut plus parler de développement durable sans une solidarité intergénérationnelle. Ce n’est pas une attitude optionnelle, mais une question fondamentale de justice, puisque la terre que nous recevons appartient aussi à ceux qui viendront.

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CH 5 – Quelques lignes d’orientation et d’action

Le pape François propose quatre lignes d’orientation et d’action :

  • le dialogue sur l’environnement dans la politique internationale ;
  • le dialogue en vue de nouvelles politiques nationales et locales ;
  • la politique et l’économie en dialogue pour la plénitude humaine ;
  • les religions dans le dialogue avec les sciences.

CH 6- Education et spiritualité écologiques

L’encyclique lance un appel à un changement de mentalité : miser sur un autre style de vie.

La spiritualité chrétienne propose une autre manière de comprendre la qualité de vie et encourage un style de vie capable d’aider à apprécier profondément les choses sans être obsédé par la consommation ; elle propose également une croissance par la sobriété et une capacité de jouir avec peu. C’est un retour à la simplicité qui nous permet de nous arrêter pour apprécier ce qui est petit. Le pape propose invite à une éducation de l’alliance entre l’humanité et l’environnement : beaucoup savent que le progrès actuel, tout comme la simple accumulation d’objets ou de plaisirs, ne suffit pas à donner un sens ni de la joie au cœur humain, mais ils ne se sentent pas capables de renoncer à ce que le marché leur offre. Cette situation nous place devant un défi éducatif.

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Dieu qui nous appelle à un engagement généreux, et à tout donner, nous offre les forces ainsi que la lumière dont nous avons besoin pour aller de l’avant. Il ne nous abandonne pas, il ne nous laisse pas seuls, parce qu’il s’est définitivement uni à notre terre, et son amour nous porte toujours à trouver de nouveaux chemins.

Le pape finit son texte avec deux prières : la prière pour notre terre « Dieu tout puissant… guéris  nos vies pour que nous soyons des protecteurs du monde et non des prédateurs… » et la prière chrétienne avec la création « Dieu d’amour, montre-nous notre place dans ce monde comme instruments de ton affection pour tous les êtres de cette terre… »

Dans son encyclique le pape lance un appel à la solidarité par la sobriété et par la rupture avec le capitalisme ultralibéral et met un accent sur l’importance de la famille où on cultive les premiers réflexes d’amour et de préservation de la vie, comme par exemple l’utilisation correcte des choses, l’ordre et la propreté, le respect pour l’écosystème local et la protection de tous les êtres créés. « Si on n’a pas appris à reconnaître la valeur d’un pauvre, d’un embryon humain, d’une personne vivant en situation de handicap (…), on écoutera difficilement les cris de la nature elle-même. »

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L’encyclique « Laudato si » interpelle sans exception tous les habitants de la planète pour un changement de vie, de comportement à quelque niveau qu’on soit pour contribuer à la sauvegarde de notre maison commune en péril.

Pour cela il faut des actions concertées sur le plan politique, économique, social et spirituel. Maintenant à chacun de se demander ce qu’il doit faire pour contribuer à l’écologie intégrale chère au St Père.

1 Commentaire le Présentation de l’encyclique « Laudato si » du Pape François

  1. Benjamin KPESSIGLO // 5 septembre 2015 á 16 h 46 min // Répondre

    déplorable pour nous humains. mais comme nous le savons maintenant comment s’y prendre pour y remédier. vraiment qu’est ce qu’il faut faire? les cris de la nature sont si difficile à entendre.

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