La force du pardon dans un processus de re-construction

Par Roger Ekoué FOLIKOUE, Enseignant chercheur à l’université de Lomé et Chargé des relations extérieures de l’Association Le Rameau de Jessé

 Le changement social est-il au prix du pardon? Tel était le thème de notre conférence du samedi 20 juin 2015. Ce thème a été développé par Monseigneur Nicodème Barrigah. (Lire la conférence : Le changement social est-il au prix du pardon)

Après les réactions des uns et des autres, nous pouvons faire cette mise au point. Le pardon ne supprime pas l’imputabilité d’un acte. Car chaque acte est imputable à un auteur soit individuel ou collectif. Il ne supprime pas non plus la responsabilité de l’auteur. Au contraire il les présuppose nécessairement. Il nécessite de ce fait l’idée d’un coupable qu’on ne peut pas pourtant réduire à ses actes et donc il ne supprime pas son visage. Dans ce cas le pardon dans les processus de réconciliation initiés un peu partout en Afrique ne peut pas être une stratégie politique pour fuir la justice de son pays et encore dans le contexte actuel la Cour Pénale Internationale. Sinon il devient une posture politicienne au lieu d’être un réel facteur de changement social, pas l’unique certainement.

Le pardon, en tant que force de changement social, présuppose nécessairement, par l’imputabilité de l’acte, la reconnaissance d’une faute, d’une violation d’une personne ou encore d’un système politique, ce qui est le cas pour beaucoup de pays africains y compris le nôtre, le Togo. Recourir au registre du pardon, souhaiter le pardon exige des auteurs et acteurs du système dénoncé le désir de ne plus recommencer. Dans les processus de réconciliation recommandés à notre pays et à d’autres pays, l’on ne saurait aller au pardon sans reconnaître et surtout identifier les lésions et les fautes qui paralysent la vie communautaire. Car le pardon ne peut pas être un geste «d’ effacement» des traces de ce qui a été commis, mais une parole qui rompt la loi du silence imposé par le mal fait, c’est aussi une parole qui doit rompre le refoulement et la non-possibilité de formuler des plaintes de la victime et c’est en cela qu’il initie le moment d’interruption de l’incapacité d’agir créée par le mal fait par le ou les coupables et subi par la ou les victimes. Le pardon devient une parole qui fait mémoire ; il délivre du passé et atteste qu’on veut et qu’on peut reconstruire ensemble dans une parole de promesse qui exige la non-répétition de la faute ou la non-reconduction du système mis en cause. Il doit être un geste franc et sincère qui implique une conversion non seulement intérieure, mais aussi extérieure et non une pure mascarade, car s’il est mascarade, le climat de suspicion va encore perdurer. «Sous le signe du pardon, écrit Paul Ricoeur, le coupable serait tenu pour capable d’autre chose que de ses délits et de ses fautes. Il serait rendu à sa capacité d’agir.»

La force du pardon réside donc dans la capacité de délivrer le coupable, de libérer la victime, de créer un avenir entre eux, de restaurer le lien social par une forme de justice réparatrice et intégratrice.

Pour les Togolais, le pardon ne peut donc pas être instrumentalisé sinon il serait vidé de sa force et de sa puissance restauratrice pour n’être qu’une rhétorique stérile. Être acteur d’un réel changement social c’est être capable de se transformer soi-même de l’intérieur et abandonner surtout le système qui est la cause des déchirures. Car on ne peut pas vouloir véritablement le changement et être soi-même la cause du blocage dans la recherche du mieux- être collectif, sinon le pardon devient un slogan inopérant.

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Télécharger la conférence  : Le changement social est-il au prix du pardon

            

6 Commentaires le La force du pardon dans un processus de re-construction

  1. Le pardon, oui le pardon est ce pouvoir de délier l’agent de son acte et qui commence du fort-interieur. Cette conférence m’a permis de comprendre et de connaitre les différentes facettes du pardon comme l’avait développé par Monseigneur Barrigah.je pense que c’est une vertu qui doit être l’objet d’enseignement de base afin de semer dans les coeurs ce don essentiel pour l’harmonie et le bien-être du changement social

  2. Je soutiens l’association « le rameau de Jesse » pour sa mission et son action de réconcilier les cœurs des filles et fils de notre nation. En fait, j’ai eu écho de la conférence animée par son Excellence Mgr Barrigah,sur le thème du pardon. Je ne peux que vous encourager et vous soutenir par mes humbles prières afin que le Seigneur de toute miséricorde accorde la grâce du pardon à tous ses fils togolais! P. Bernard

  3. Sylviane AYIH-AGBEMAVI // 29 juin 2015 á 17 h 08 min // Répondre

    Je n’ai pas assisté à la conférence. Je pense que le Pardon suppose d’abord et avant tout de la part de l’auteur qui a posé l’acte un sentiment de culpabilité et de repentance. Tel n’est pas le cas dans le contexte politique actuelle de nos pays africains. Tant et aussi longtemps qu’ils seront dans le dénie des conséquences fâcheuses et malheureuses de leurs actes et actions, pourquoi parler de Pardon. Commençons à leur faire prendre conscience de la gravité de leurs actes et ensuite on pourra entamer la phase suivante :le Pardon. Ce n’est pas chose aisée.
    Par ailleurs le Pardon doit nécessairement supposer réparation, acte de contrition,regret etc. Cela entraîne aussi la promesse de ne pas recommencer. C’est une lourde tâche selon moi et ce n’est qu’à ce prix qu’on amorcera le long chemin vers un changement social tant souhaité.
    Merci à Rameau de Jessé pour votre noble contribution.

  4. Dans un processus de gestion post conflit, le pardon ne peut pas être un moyen mais une finalité qui doit être inscrite dans la réparation. il faut donc que le pardon vienne après la vérité qui situe les responsabilités, la justice qui décide du quantum des sanctions en vue de garantir la non répétition de l’acte dommageable avant la réparation qui peut alors passer par le pardon. Si toutes ses voies sont contournées le pardon est stérile et improductif

  5. Le pardon est libère, le pardon construit. Qui pardonne fait l’expérience de Dieu. Bravo et courage Le Rameau de Jessé!!! Continuez à être les artisans de paix, vous n’êtes pas loin du royaume des cieux.

  6. Je te pardonne parce que tu l’a avouée
    Même s’il se peut que tu recommences
    Te pardonne parce que je veux me libérer
    Même si je n’en suis pas certain d’oublier
    Pardonnons, donnons une chance à la vie

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