Sommes-nous condamnés au délestage en Afrique ?

Par Blandine BRATHOLD, étudiante à ISICA, Université de Lomé

En passant par le Togo, le Bénin, le Burkina Faso, le Ghana, le Cameroun, le Sénégal – pour ne citer que ceux-là, la crise de l’électricité est un problème qui évolue avec l’Afrique. Il lui est collé comme de la poisse. Car, si vous avez connu l’Afrique, vous connaissez sûrement le délestage : ces coupures interminables de l’électricité, qui des heures durant pour le mieux, ou des jours pour le pire, font de l’Afrique, un continent potentiellement adepte du noir.La crise de l’électricité en Afrique est un mal qui à force d’être récurrent s’est ancré dans le quotidien du continent, mais dont les impacts vont bien au-delà du domaine économique et du développement. Savez-vous combien sont morts des conséquences de ce problème ? Avez-vous une idée de combien sont ces Africains qui perdent des opportunités pour raison de délestage ?

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A cela, il faut ajouter ceux qui perdent leurs vies dans les accidents de circulation quand les feux de signalisation ne marchent pas faute d’électricité. La réalité est bien triste.

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En dehors de l’usage purement domestique, l’électricité sert de moteur à de nombreux « petits » travailleurs qui en dépendent. Incapables de s’offrir des groupes électrogènes, ils voient ainsi leur gagne-pain largement menacé par ces coupures le plus souvent intempestives. Cette baisse de revenus entraine nécessairement une chute du niveau de vie. L’utilisation des groupes électrogènes s’est répandue en Afrique certes, mais leur usage et leur entretien génèrent des coûts importants, de la pollution atmosphérique et surtout beaucoup de bruit ! Comment penser au développement quand suite à des coupures d’électricité, des congélateurs ne fonctionnent pas et que parfois trois jours voire une semaine après, quand c’est rétabli, les commerçants nourrissent les populations avec du poisson ou de la viande de mauvaise qualité? Lorsque l’Etat encourage les PME et qu’un jeune ouvre son entreprise, elle ne fonctionne pas pendant des semaines faute d’électricité, alors qu’il a des employés à payer : d’où viendra le développement dans ces conditions? Comment peut-on utiliser des nouvelles technologies quand par manque d’électricité, une salle d’informatique ne peut fonctionner?

Pourtant au fil des années, le phénomène semble se généraliser sur le continent où il fait en moyenne plus chaud qu’ailleurs dans le monde. Ici au Togo par exemple, depuis la fin de l’harmattan on a l’impression que le soleil est presque à moins d’un kilomètre au-dessus de nos têtes. Que devient-on quand on ne peut plus se rafraîchir convenablement, se ventiler, conserver ses aliments etc. Le résultat est que les conditions sanitaires se dégradent lentement mais sûrement. Si, en milieu urbain, ce constat est aussi déplorable, il est facile d’imaginer ce que vivent les habitants des zones rurales, déjà sous-alimentés en électricité. C’est dans ces conditions que bon nombre d’États africains, y compris le Togo, travaillent aujourd’hui.  Où se trouve donc la solution ?

Pour faire simple, ces délestages sont la conséquence directe du déficit de l’offre de l’énergie dont souffrent les pays africains depuis quelques années, faute d’avoir anticipé la demande dont la croissance était pourtant prévisible à cause des facteurs tels que la poussée démographique et l’exode rural qui entrainent une grande concentration de la population dans les villes.

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Ce déficit conduit donc les sociétés de gestion d’électricité à rationaliser la distribution :des quartiers entiers de la ville se retrouvent privés d’électricité durant des heures et presque quotidiennement pour certains d’entre eux. Ainsi, comme des millions d’autres citadins africains, nombreux sont les togolais qui se retrouvent paralysés dans leurs activités faute d’électricité. Le plus lamentable est le cas de ceux qui utilisent les technologies informatiques notamment l’ordinateur. Que signifient alors les TIC sans courant électrique ?

A-t-on jamais parlé de la « fracture énergétique » entre le Nord et le Sud avec autant de ferveur que de la « fracture numérique » ? Pourtant cette fracture énergétique est là, bien visible, deux siècles après la mise en place des premiers réseaux de distribution de l’électricité au Nord ! Cependant, il n’existe pas de saut technologique possible entre l’électricité, l’informatique et Internet. Ces dernières technologies sont totalement dépendantes de la première qui doit être maîtrisée en amont, sans aucune alternative possible.

Malgré une augmentation des prix de l’électricité, les sociétés de gestion de l’énergie électriques ont toujours dans l’incapacité de générer suffisamment de recettes pour rénover et renouveler leurs parcs de production électrique qui pour la plupart datent des années de l’indépendance ; ou mieux sont vieux de plus d’un quart de siècle. Faute d’un entretien régulier, ces infrastructures sont régulièrement frappées par des problèmes techniques les empêchant de produire au maximum de leurs capacités. Un problème aggravé par le prix du diesel nécessaire à l’activité des centrales thermiques, ainsi que par les pénuries d’eau qui freinent la production d’hydroélectricité.

Mais l’espoir est permis. Un espoir uniquement, pour ceux dont les pays prennent conscience de la réorientation de la politique énergétique. Un espoir aussi pour ceux qui fondent leur indépendance énergétique sur les énergies renouvelables. C’est un grand potentiel pour l’Afrique avec ce soleil aussi rayonnant que violent qui fait le charme et la richesse du continent.

1 Commentaire le Sommes-nous condamnés au délestage en Afrique ?

  1. Bonjour
    J’ai trouvé une ampoule trés intéressante de la société AMPERAFRIK (c’est une boite française) qui reste allumée pendant plusieurs heures meme sans électricité. Ce qui permet de ne plus rester dans l obscurité chaque soir pendant les opérations de délestage.

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