Conférence du 06 Avril 2015

« L’Afrique peut-elle inventer un nouveau modèle de société ? », telle est la question à laquelle le panel s’est donné pour tâche de répondre. Pour correspondre à la complexité d’une telle question, trois personnes avec des spécialités différentes ont été invitées :

  • André AFANOU, Juriste de formation, mais aussi acteur de la société civile, Directeur du Collectif des Associations Contre l’Impunité au Togo (CACIT) ;

  • Adovi Michel GOEH-AKUE, spécialiste d’Histoire Economique, mais aussi syndicaliste ;

  • Ekoué Roger FOLIKOUE, spécialiste de Philosophie Politique, mais aussi membre fondateur du Rameau de Jessé.

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Maryse QUASHIE, spécialiste de Sciences de l’Education, membre du Rameau de Jessé, a joué le rôle de modérateur. A ce titre, elle a précisé quelle était la problématique du panel, rappelant la déstabilisation des sociétés africaines depuis la rencontre plutôt violente avec la civilisation occidentale, qu’ont constitué l’esclavage, la mise en place de l’administration coloniale accompagnée de la scolarisation, et l’installation des églises chrétiennes. Les points de repère traditionnels ayant perdu leur force, un siècle après, il semble que l’Afrique soit toujours à la recherche de nouvelles valeurs. En particulier, depuis vingt-cinq ans maintenant, il est question d’un changement social, ayant pour base, la démocratie, l’Etat de droit, les droits humains, changement dont on ne voit pas encore les prémices, malgré les violences qui secouent villes et quartiers, à l’occasion de telle ou telle élection. Par ailleurs, après avoir longtemps couru après le développement, voilà qu’un nouveau modèle est présenté, celui de pays émergent ; pourtant les récentes manifestations qui ont agité un pays comme le Brésil, montrent bien que le statut de pays émergent n’a pas généré un partage plus équitable des richesses et ne garantit pas le bonheur pour tout citoyen de ces pays, où, par ailleurs, la corruption connaît un essor important. D’un autre côté, les problèmes de pollution, de réchauffement climatique, la question du vieillissement de la population sont autant d’interrogations parmi tant d’autres, qui amènent le doute sur le projet occidental de société. Dans ces conditions, les Africains ont-ils raison de s’inspirer encore de ces modèles ? Sont-ils incapables d’inventer une nouvelle société ? Ou bien ne le désirent-ils pas ?
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Cette problématique elle-même a fait débat puisque M AFANOU était d’avis que l’Afrique n’était pas en panne de modèle, puisqu’émergent des personnalités qui tentent de faire bouger les choses, tandis que M GOEH-AKUE pour sa part , était moins optimiste quant à la possibilité de l’Afrique, telle qu’elle est aujourd’hui toujours en train de suivre l’un ou l’autre, dans le contexte géopolitique actuel, de se donner un projet de société. L’accord s’est finalement fait autour du malaise dans lequel vivent les Africains et du désir de changement qui les anime.
La question reste de savoir comment faire émerger ce changement. Les intervenants ont mis l’accent sur l’incapacité des hommes politiques actuels à proposer un modèle de société puisqu’ils sont surtout préoccupés non pas par le bien commun, mais par la soif de garder ou d’arracher le pouvoir en vue de satisfaire leurs propres intérêts. On pourrait détecter la même incapacité chez un grand nombre d’acteurs de la société civile rangés derrière les partis politiques.
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Le débat entre les membres du panel ayant aussi tourné autour de la question de savoir si les Africains avaient ou non dans les années 90 choisi la démocratie comme projet de société, on s’est demandé si c’est d’abord d’un modèle politique tel que la démocratie que l’Afrique a besoin. A ce propos M FOLIKOUE a eu à préciser que si on prend l’adjectif « politique » au sens large et non avec une connotation politicienne, alors tout modèle de société est politique. Dans ce cas-là, n’y a-t-il pas des éléments dans la société traditionnelle africaine dont on pourrait s’inspirer pour élaborer un modèle qui ressemble aux Africains ? C’est ainsi qu’a été cité le cas du Fioto (littéralement père du Roi), personnage à qui on pouvait aller se plaindre du Chef, ce qui constitue une limite au pouvoir prétendu absolu des chefs traditionnels. La remarque a été faite que l’on n’a pas besoin de revenir au Fioto dans la mesure où des institutions de contre-pouvoir existent de fait (Cour Constitutionnelle, Cour Suprême), se pose seulement la question de leur fonctionnement.
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Pourquoi nous-trouvons nous dans une telle situation, qu’est-ce qui explique de telles résistances au changement ? Au-delà des groupes sociaux qui ont été indexés au début de panel (hommes politiques au pouvoir, politiciens désireux de prendre leur part du gâteau) le panel a montré que les intellectuels qui en principe devraient instaurer le débat critique et inciter au changement, ne jouent pas leur rôle ; mais le diplôme universitaire fait-il toujours de son détenteur un intellectuel ? De plus le citoyen moyen qui a peur de s’exprimer, qui ne profite pas des espaces de paroles qui lui sont laissés, qui s’autocensure contribue lui aussi à freiner le changement.
Pour débloquer la situation, nous avons donc besoin de leaders qui osent prendre la parole et instaurer le débat. Mais quel serait le profil d’une telle personne ? Les membres du panel sont tombés d’accord pour affirmer que cette personne devait avoir un certain niveau intellectuel pour être à même d’appréhender les problèmes actuels dans leur complexité. Mais cela a été plus difficile de déterminer la source de son engagement : doit-elle se sentir tout simplement assez concernée par le présent et l’avenir de son pays pour se donner à la transformation de sa société ? Ou bien doit-elle se sentir investie de mission, tel un prophète ?

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Le débat qui a suivi les présentations du panel a duré pratiquement une heure tant l’assistance a été enthousiasmée autant par le thème que par le style de la rencontre. Les diverses interventions ont mis l’accent sur les difficultés qu’éprouve le citoyen à s’engager alors que son quotidien est lourd à porter, et qu’il perd espoir face à la résistance des tenants de l’ordre établi. Un certain nombre de jeunes ont incriminé l’immobilisme des « aînés » et avoué la fascination que l’occident exerce sur eux. Quel que soit le cas, tous ont reconnu la nécessité du développement des espaces d’échanges et ont encouragé l’association Le Rameau a multiplié les occasions de partage d’expériences et de points de vue.
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A la fin du panel la question posée « L’Afrique peut-elle inventer un nouveau modèle de société ? » a-t-elle trouvé une réponse ? Il semble bien que non, mais les raisons pour lesquelles l’Afrique ne fait pas œuvre de création dans ce domaine ont trouvé un début d’élucidation, et donc peut-être de solution ? En tous les cas des pistes de nouveaux débats ont été ouvertes et Le Rameau s’est engagé à tout faire pour les ouvrir.

2 Commentaires le Conférence du 06 Avril 2015

  1. A mon avis l’Afrique a deja un modele de societe! Seulement qu’elle l’ignore malheureusement du fait d’avoir les yeux toujours tournes vers l’exterieur. les Africains ont leur facon de s’habiller, leur menu, leurs langues, leur conception de la famille et le respect du aux aines, bref leur tout. Si seu
    lement les dirigeants peuvent repenser la gestion de nos biens tout sera surement en ordre.

  2. A mon avis l’Afrique peut inventer un modèle de société ou suivre le modèle de l’occident ou l’expérience de la CHINE pour décoller. Le vrai problème qui se pose à l’Afrique, c’est comment se départir de la gestion clanique des affaires publiques. Les Africains sont trop attachés à leurs clans, à leurs ethnies.Quels apports l’éducation peut-elle apporter pour la culture citoyenne. Quels programmes pour l’éducation civique? QUelles sont les valeurs à promouvoir? Voila le noeud du malaise africain.

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