QUE FAIRE ?

Par Maryse QUASHIE

Que faire ? Voilà la question qui nous revient souvent.  C’est une préoccupation tout à fait légitime lorsqu’on se trouve face à un problème. La difficulté se situe au niveau du comportement qui suit la question. En effet, lorsqu’il s’agit d’un problème individuel avec un impact somme toute limité, la situation peut certainement accepter le tâtonnement, la recherche de solutions par essais et erreurs. Mais un problème qui engage la vie ou le devenir de toute une communauté, n’admet pas de faire des erreurs pour se reprendre après.

Pour plus de prudence, lorsqu’on est nombreux à chercher la solution, on peut adopter le brainstorming, le remue-méninges comme on dirait en français refusant les anglicismes : ce comportement a pour avantage la multiplication et la diversification des propositions ; cependant il faut aussi reconnaître que, d’une part, c’est une solution qui prend en général beaucoup de temps mais d’autre part, elle porte en elle une autre interrogation : quel est le critère à prendre en compte pour  choisir la bonne solution ?

C’est alors qu’intervient la question fondamentale : en quels termes se pose le problème ?

Le débat qui s’instaure pour répondre à cette question et surtout l’issue de ce débat, s’il y a consensus, montre que  bien poser les problèmes constitue le début des solutions.

C’est ainsi que dans le cas africain actuel, une des manières de bien poser les problèmes consiste à débusquer les paradigmes qui guident les prises de position. Ainsi en est-il dans le jeu politique actuel, par exemple, des schémas de pensée sur la politique. De multiples interrogations s’entrechoquent : qui doit s’en occuper, qui s’en mêle à tort, jusqu’où s’y intéresser ? Etc. Or ces interrogations ne trouvent vraiment réponse que lorsqu’on a une réponse claire à des questions préliminaires : qu’est-ce que la politique, qu’est-ce que le politique, qu’est ce qui est politique (adjectif) ? Un débat qui clarifierait ces notions serait vraiment le bienvenu, parce qu’il clarifierait en même temps la question de la neutralité, du rôle des Organisations de la Société Civile, par rapport à celui des partis politiques, du rôle des institutions religieuses, mais cela apporterait aussi des lumières sur la latitude qu’a le citoyen d’appartenir à tel ou tel regroupement, de se présenter à des élections, etc.

Autre exemple, dans les systèmes scolaires africains, on ne cesse d’introduire des innovations par rapport à l’action de l’enseignant, ou au choix de contenus, de manuels, etc. N’avancerions-nous pas plus lorsqu’on essaiera de donner des réponses pédagogiques à des problèmes nés de choix politiques (quelles orientations, quelle place donner au système scolaire, et donc quelles ressources y consacrer ?) et paradigmatiques (nous sommes-nous appropriés en vérité le pilotage de notre système scolaire ou pensons-nous que ce pilotage doit encore venir de l’extérieur ?)

Oui, il est absolument nécessaire de bien poser les problèmes. Mais lorsqu’on a franchi cette étape, il y a toujours quelqu’un qui dit : qu’allons-nous faire maintenant ?

Cette question laisse entrevoir la conviction qu’après avoir discuté dans un brainstorming, clarifié un problème, on n’a encore rien fait. Ce paradigme qui introduit une opposition entre produire des actes de pensée et agir, fonctionne considérablement dans les prises de position et les choix stratégiques d’un certain nombre d’acteurs sociaux. C’est ainsi qu’on croit qu’organiser et faire une marche serait agir, alors qu’organiser un colloque ne serait pas agir,  ce serait perdre du temps à parler… Et lorsque toute stratégie est appréciée à l’aune de cette opposition alors on a l’impression qu’on n’agit pas beaucoup, et qu’on n’a pas la réponse à la question qui taraude tout le monde : que faire ?

Or, notre comportement quotidien même montre ce qu’il y a d’erroné dans cette opposition : en effet, ne doit-on pas prendre le temps de peser le pour et le contre avant d’agir, mesurer ses forces et les rapports de force avant de se lancer dans une bataille ?

Et, dans le domaine sociopolitique, lorsqu’on veut organiser une marche, ne s’asseoit-on pas d’abord pour mesurer les chances de mobiliser un assez grand nombre de citoyens, les risques de dérapage, etc. Et si  on décide de ne pas organiser la marche en question, aurait-on manqué d’agir ?

Mais c’est la place, le rôle, l’engagement de l’intellectuel dans la cité qui montrent le mieux ce qu’il y a ce qu’il y a de faux dans cette opposition agir /penser. En effet lorsque l’intellectuel ne joue pas son rôle qui est de proposer des outils d’analyse de toute situation, pour débroussailler les problématiques, indiquer les pistes possibles, avertir des dangers encourus, rappeler les choix et les valeurs, etc., alors on a une société qui n’a pas de boussole. Et c’est bien ce que rappelait M. Roger FOLIKOUE, à propos des intellectuels, dans la tribune du 30 novembre 2018 qui avait pour titre « Il est Temps » :

« Il est temps pour eux de montrer leur science, de choisir de se prononcer nettement afin d’éclairer leurs concitoyens de manière à ce que ces derniers, eux aussi, puissent faire des choix importants. En effet, le devenir de notre pays dépend du comportement pour lequel chaque citoyen aura opté, comportement quotidien,  comme se prononcer ou non dans une rencontre au coin d’une rue du quartier, ou acte qui engage publiquement, comme manifester ou non, se faire recenser ou non, aller voter ou non… »

Cependant si agir, c’est s’engager avec les armes dont on dispose, alors la raison est la toute première et la mieux partagée, alors nous appelons tous les citoyens à avoir confiance dans cette arme et à l’utiliser sans se poser la question de savoir s’il agit en vérité.

Une dernière  remarque quant à la question « qu’allons-nous faire maintenant ? ».

Penser c’est aussi prendre le temps de tirer parti des erreurs passées. Et dans ce cadre, les problèmes de l’Afrique d’aujourd’hui ne proviennent-ils pas aussi du fait que nous n’avons pas répondu à l’urgence de la pensée (Maurice KAMTO)

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