Dix propositions pour que les jeunes soient les accoucheurs d’une nouvelle société

Par Maryse QUASHIE Maître de conférences en Sciences de l’Éducation, Université de Lomé (Togo) et membre du Rameau

Qui dit jeune doit pouvoir dire en même temps nouveauté. Pourtant le continent africain qui a la population la plus jeune de la planète semble être celui qui est le plus en panne d’innovation. On attend en vain le développement, l’instauration de la démocratie, de meilleures performances en matière d’éducation, de santé, d’agriculture, etc. Cependant lorsqu’on examine la vie des sociétés africaines, on remarque que les jeunes savent se débrouiller, c’est-à-dire trouver des solutions aux problèmes quotidiens. Comment les faire passer de cette inventivité à la créativité source de changement ? Pourquoi cette inventivité se restreint-elle à la vie quotidienne ? Je pense que l’école qui éteint progressivement cette faculté chez les jeunes parce qu’elle est inadaptée de plusieurs points de vue et je propose donc dix mesures qui me semblent les plus urgentes à mettre en œuvre si l’on veut que les jeunes inventent la société de demain.

1-Remettre l’éducation au cœur du débat citoyen
La formation des jeunes est devenue une affaire de spécialistes. En effet parce que l’école est un héritage de la colonisation, elle reste liée à une culture étrangère, elle demeure une sorte de pièces rapportée dans la culture de la plupart des Africains. Du coup ce sont les autorités administratives qui sont en charge non seulement du fonctionnement mais aussi des principales orientations du système scolaire. Il existe bien évidemment des organisations des parents d’élèves mais quel est le degré de représentativité ? Les réformes du système d’éducation sont pensées hors du continent africain, puisque l’idéologie mondiale considère que l’éducation est affaire de spécialiste, de psychologie, didactique, ce n’est pas faux mais , ces derniers doivent apporter leurs lumières lors des choix et lors de la mise en œuvre des décisions, mais ce sont les parents qui doivent en tant que citoyens donner leur opinion quant au type d’éducation à donner à leurs enfants. Ils donneront alors mandat aux élus de réaliser leurs vœux.

2- Organiser de vrais états généraux de l’éducation
C’est lorsque l’éducation sera revenue au cœur du débat citoyen que l’on pourra organiser de vrais états généraux de l’éducation. Ceux-ci sont indispensables, car depuis un demi-siècle, jamais les citoyens n’ont pu se dire, et dire les uns aux autres ce qu’ils attendent comme éducation pour leurs enfants. Parents, enseignants, élèves et étudiants, fondateurs d’institutions privées, administrateurs, élus et hommes politiques pourront à l’occasion de ces états généraux débattre des problèmes de fond jamais abordés auparavant : comment mettre en œuvre le droit à l’éducation ? Quelle place réserver à nos langues et cultures ? Quel rôle réserver à l’enseignement privé ?

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3-Repenser la question de la langue d’enseignement
Les Africains vivent une situation sociolinguistique caractérisée par une totale dévalorisation de leurs langues maternelles face aux langues occidentales et l’école st un des principaux lieux de ce déséquilibre dans la mesure où elle a mis en place des schémas didactiques inopérants. La question de la langue d’enseignement a été à la mode dans les années 1970-1980, puis elle a été abandonnée sans qu’on y ait apporté aucune vraie solution. Il est urgent de reprendre cette question pour diminuer l’échec scolaire mais aussi pour que les petits africains puissent construire leur identité à travers leurs langues qui doivent retrouver toute leur place à l’école. En fait la réflexion doit porter sur le plurilinguisme scolaire.

4-Voloriser les contenus culturels dans toute formation
Ce ne sont pas les langues africaines seules qui doivent être remises à l’honneur à l’école, ce sont aussi les cultures africaines. Les contenus culturels ne sont pas à rejeter à la périphérique des formations dites péri ou para scolaires. Le théâtre et les activités de production littéraire, la musique, le dessin, les arts graphiques, les activités artisanales, les activités sportives auront plus de place dans l’emploi du temps et l’évaluation des apprenants. C’est à ce prix que l’école ne sera plus un lieu de déculturation des jeunes Africains.

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5- Raccrocher l’enseignement secondaire à la vie
Certains enfants qui réussissent à passer le cap du primaire abandonnent l’école au cours du secondaire et cela concerne les plus défavorisés, les enfants issus des milieux ruraux et les filles. Ces jeunes ne tirent aucun profit de l’école dans la mesure où les études montrent que plus longtemps on reste à l’école, plus on en tire bénéfice. Pourquoi les jeunes décrochent-ils tant au secondaire ? Parce que dans les collèges et lycées règnent les « matières », contenus scientifiques présentés aux élèves sous forme de résumés insipides par des enseignants qui ont eux-mêmes été soumis à ce régime, contenus scientifiques organisés en séries copiées sur le modèle occidental. Pour que les jeunes puissent franchir allègrement le cap du secondaire, il faudrait que les enseignements de ce niveau soient clairement liés à la vie des élèves et aux interrogations que portent leurs milieux de provenance et leur époque. Cela déboucherait sur une réforme du baccalauréat.

6-Préparer des jeunes à des métiers
Dans l’ensemble du système scolaire il est question de professionnalisation : on en parle beaucoup mais on forme toujours des jeunes dont on ne sait pas trop quelles sont leurs compétences. Il est temps de laisser tomber le schéma d’un enseignement technique parent pauvre du système scolaire, où sont relégués les mauvais éléments rejetés par l’enseignement général. La professionnalisation, entendue comme la formation du jeune en fonction d’un projet professionnel, doit traverser l’ensemble du système du secondaire au supérieur.

7-Tourner le dos à la sélection
Il est urgent de revoir la philosophie qui sous-tend les systèmes d’évaluation et d’instaurer des pratiques fondées sur le désir de valoriser et de faire réussir la plus grande partie des apprenants. Il faut former tous les enseignants à l’évaluation, prévoir un accompagnement des élèves plus faibles, faire sauter des examens tels que le Bac1 ou probatoire qui ne servent qu’à placer des obstacles au long du cursus des élèves.

8-Encourager les contacts et échanges entre les jeunes
À l’heure actuelle la formation donnée aux jeunes est pensée sans eux, ce qui explique leurs difficultés à se l’approprier. Il faudrait les associer à la conception de cette formation. Mais ils ne pourront vraiment apporter des éléments enrichissants que lorsqu’ils auront mûri leur réflexion dans des contacts avec d’autres jeunes. Pour ce faire, il est urgent de développer le tourisme culturel à l’intérieur et à l’extérieur du pays, les voyages et rencontres culturelles de jeunes, d’encourager le pluralisme associatif. C’est dans de telles expériences que les jeunes pourront acquérir des valeurs citoyennes telles que l’acceptation de la différence, la non-violence, le souci du bien commun etc. et non dans des contenus appris par cœur et récités dans des matières comme l’Éducation civique et morale.

9-Revaloriser la condition enseignante et revoir la politique d’octroi des bourses.
Comment demander des efforts aux enseignants et aux apprenants s’ils ne sont pas dans de bonnes conditions de travail et de vie ? Il faut revoir les conditions de rémunération mais aussi exiger un niveau de formation et des compétences pour exercer cette profession.

Il est aussi indispensable de penser une vraie politique de bourse pour aider les plus défavorisés.

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10- Mettre les Sciences humaines à l’honneur dans la réflexion sur le développement
À l’orée des indépendances, on croyait qu’il suffirait de former des ingénieurs, des agronomes, des physiciens, des chimistes et autres scientifiques pour que le développement décolle. À cause de cela on a multiplié les lycées scientifiques, les écoles d’ingénieurs, les formations de techniciens. Les résultats de cette politique ne sont guère probants. ET il ne saurait en être autrement parce que le développement est à inventer : on a besoin certes d’ingénieurs et de scientifiques mais il faut d’abord penser le développement avant de le mettre en œuvre. Et comme c’est l’homme qui est à la fois l’acteur et le bénéficiaire de tout développement, il est indispensable de redonner aux sciences humaines sa place. Il ne s’agit pas de créer un nouveau déséquilibre en favorisant les formations classiques, il faudrait plutôt prévoir une place pour la réflexion sur l’homme et le développement dans toute formation surtout au niveau universitaire.

3 Commentaires le Dix propositions pour que les jeunes soient les accoucheurs d’une nouvelle société

  1. Pascaline Patchali // 27 mars 2015 á 0 h 26 min // Répondre

    Tout a fait d’accord avec les dix points et beaucoup plus de 6 a 10! Selon mon constat le vrai problème des jeunes Africains c’est la faim. Tant qu’on ne dépassera pas la question de nécessité primaire, la pensée éducative et des parents et de leurs enfants sera toujours limitée a comment trouver a manger demain et faire nourrir ma famille plutôt que de penser a un développement général et durable!

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