Des enseignants d’université et « citoyens engagés » invitent Faure Gnassingbé à la « raison »

lettre aux citoyens

Chers concitoyens

DESMOND TUTU,  un jour, a dit : « si vous êtes neutres dans les situations dinjustice, vous avez choisi le côté de loppresseur ». Et Albert EINSTEIN avait déjà signalé que : « le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal mais par ceux qui les regardent sans rien faire ».

Et plus près de nous, en 2013, le Père Pierre Marie Chanel AFFOGNON, après lassassinat des écoliers à Dapaong, avait écrit une lettre ouverte au chef de lEtat dans laquelle il disait : « un pays qui tue pour un oui ou un non ses fils ou filles soppose gravement au commandement de Dieu Aussi de tels actes sont-ils des sources de malédiction et pour les auteurs et pour toute la société togolaise. » Une interpellation sans effet puisque les faits demeurent toujours. Ensuite en 2016 les Evêques du Togo ont écrit une lettre pastorale qui a mis le doigt sur lessentiel : des hommes et des femmes, êtres politiques par nature, ne peuvent pas tenir ensemble dans un pays sans la justice et la justice sociale. Dans leur analyse, ils ont affirmé avec courage que dans la juste compréhension du terme politique, une minorité ne peut pas saccaparer des biens de toute la communauté et ils ont montré que quand les institutions chargées de dire le droit dans un Etat ne disent pas le droit et le juste,  toute la communauté est en danger.

En 2017, ils sont revenus sur le contenu de cette lettre et les Eglises presbytériennes et méthodistes du Togo ont écrit aussi une lettre invitant à la paix. Oui à la paix, mais elle ne se construit et ne se maintient que par la justice sociale.

Quand, nous citoyens (universitaires, intellectuels, hommes et femmes vivant au Togo), nous observons notre nation en ces périodes de tumulte, trois choses se dégagent :

  • Un profond malaise indiquant laspiration dun peuple à un mieux-être. Il sagit en effet dun peuple exaspéré par 50 ans de conduite dynastique du pouvoir.
  • Un régime de terreur : une répression sauvage de toute velléité contestataire sans aucun égard pour la population surtout pour les femmes et enfants. Les militaires sy prennent à plusieurs pour battre, humilier et meurtrir dans le plus profond de la chair, pourchassant à travers les ruelles de la cité et violant même la quiétude des domiciles
  • Un dévoilement du visage de lautorité politique de notre pays. Ce dévoilement est passé par le masque qui est tombé, révélant ainsi au monde le vrai visage du régime qui sans ambages entrave la liberté de communication, la liberté dexpression : la connexion internet, les réseaux sociaux, qui sont la caractéristique des nations modernes, ont été  coupés sur toute létendue du territoire.

Comment accepter la justification de cette coupure intempestive et abusive par les thuriféraires du maintien de lordre établi qui osent affirmer cependant que nous sommes dans un Etat de droit, dans un Etat moderne ?

Nous citoyens libres et conscients, nous nimaginions pas pouvoir subir, des jours durant, la honte de voir notre pays restreindre autant la liberté de communiquer. Ce black out complet propre aux régimes totalitaires sest poursuivi du mardi 5 septembre au soir jusquau soir du dimanche 10 septembre sans égard pour ces milliers de citoyens qui utilisent ces outils pour leurs activités professionnelles, sans égard pour ces citoyens qui utilisent ces canaux pour rester en contact avec leurs familles, leurs amis. Faire de la recherche depuis quelques jours est impossible. Impossible de sinstruire, ou de sinformer sur les dernières découvertes scientifiques et thérapeutiques. Impossible de sarrimer à la marche en avant des nations du monde. Est-ce le combat contre la pauvreté et le contenu dun mandat social ? Est-ce les indicateurs de lédification dun Etat de droit démocratique moderne ?  Qui peut rester indifférent à cette violation  flagrante des libertés fondamentales de lêtre humain ? Notre silence ne serait-il pas assourdissant face à toutes ces formes de mépris de la dignité humaine et  de  violations de droits humains ?

Le peuple togolais a subi, il continue de subir une gestion oppressante du pouvoir. Ce peuple auquel nous appartenons ne peut plus être assujetti à la puissance publique dont la noble fonction est de  créer des cadres daccomplissement et de réalisation pour chacun et pour tous. Nest-ce pas cela le rôle et limportance dun Etat ? Etre un politique nest-ce pas se mettre au service des autres concitoyens ? La grande mobilisation sur tout le territoire togolais par les forces du changement, devenu vital et indispensable nest-elle pas un appel à la raison qui nous caractérise comme être humain ayant une exigence de vérité, de justice et de paix ?  Devant une telle mobilisation citoyenne fallait-il y répondre par une marche de soutien ?

La remise en question des institutions qui  ne disent plus le droit et le juste est plus que normale et cest même un droit inaliénable de lhomme. Jean Jacques ROUSSEAU  écrivait : « Il est incontestable, et cest la maxime fondamentale de tout droit politique, que les peuples se sont donnés des chefs pour défendre  leur liberté et non pour les asservir. »

« Vivre avec les autres et pour les autres dans des instituions justes », nest-ce pas le rôle des responsables politiques ? La nation togolaise ne peut plus se construire avec un régime autoritaire utilisant le droit comme instrument légal quand cela larrange. Cicéron disait, bien avant la venue du Christ, quun vice ou un mal ne peut pas devenir une vertu ou un droit pour la simple raison que certains lont décidé et voté  ainsi « ce quil y a de plus insensé, cest de croire que tout ce qui est réglé par les institutions ou les loisest juste. »

Notre vocation de citoyens, conscients de la gravité de la situation dans laquelle nous sommes, nous oblige à cet appel et à cette prise de position dans lespace public, car sil est vrai que limpunité reste un danger et une menace pour la communauté politique, lindifférence et le silence constituent aussi une réelle menace pour toute communauté politique. Car le mal naît et perdure du silence des hommes du bien et du savoir.

Chers concitoyens, si les piliers de la politique, comme lont rappelé les Evêques du Togo, sont la justice, la responsabilité et la vérité, il nous est apparu légitime et urgent de nous prononcer sur les problèmes de notre pays en ayant pour seule boussole la vérité, car elle seule rend libre et construit une communauté dynamique, vivante et plurielle. Nous vous invitons  donc  à la méditation de cette phrase dAlain TOURAINE : « La démocratie est le régime où la majorité reconnaît les droits des minorités car elle accepte que la  majorité daujourdhui puisse devenir minorité demain et être soumise à une loi qui représentera des intérêts différents des siens mais ne lui refusera pas lexercice de ses droits fondamentaux »

Au vu de tout ceci, nous invitons solennellement le chef de lEtat à prendre véritablement en compte, et sans plus attendre, les aspirations de ses concitoyens et surtout à prendre ses responsabilités devant lHistoire.

Fait à Lomé le12 septembre 2017

Ont signé :

Des universitaires :

Prof. DOSSEH  Ekoué David

FOLIKOUE Ekoué Roger

Mme QUASHIE Maryse

Prof. GOEH-AKUE N’buéké Adovi

Prof. DECKON  H. Kuassi

Prof. AKAKPO-NUMADO  Komlatse

WALLA Atchi

JOHNSON Ansah A.

ALEMDJRODO  Richard

KOUPOKPA Tikounbe

ADJITA  Shamsidine

NAPAKOU  Bantchi

AGBOVI Komlan Kwasi

KUAKUVI  Magloire

ANATE  Hodabalo

LAWSON H. N’sinto

YABOURI  Namiyote

AKAKPO-NUMADO Sewa

ATTIPOU Komla

WATEBA  Ihou Majesté

Des citoyens engagés :

EKLU Mawuena

AZIAGBLE  Ekué

AMEMOU  Kokou Robert

KLUVIA Matéli Seth

Mme ATCHANA Abra Aïcha

MAHOULE  K. Spero

Me KPANDE-ADJARE

D’ALMEIDA Messan

Abbé SANVEE Gustave

D’ALMEIDA Amakoe Kouassi

ATAMEKLO Kodjovi

Mme AFANLON Afi Rebecca

Mme MALEME Danmigou

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