COMPTE RENDU DE LA DEUXIEME CONFERENCE DE 2017 « Le travail fait l’homme. Mais comment accéder au travail dans notre pays ? »

Par Julie MALEME, Doctorante en Science de l'Education et membre du Rameau de Jessé

Au début de cette année 2017, l’Association Le Rameau de Jessé a annoncé une série de conférences sur les questions du travail à travers le thème : Le travail, un des piliers du développement de lAfrique ?

Dans cette dynamique, une première conférence inaugurale s’est tenue le lundi 7 avril 2017 dans la salle de conférences du Centre de Recherche pour le Développement en Afrique Tropical (CRDAT) sur : le travail, un mal nécessaire ou une valeur ? Quelles conceptions du travail ? Travail manuel/travail intellectuel : la dévalorisation du travail dagriculteur. Travail non rémunéré. Quelle perception du fonctionnaire ?

La deuxième conférence s’est tenue ce samedi 8 juillet 2017 sur le thème : la question du chômage au Togo. Que disent les statistiques ? Chômage structurel ou conjoncturel ? Chômage des diplômés. Le lien entre travail et formation : formation professionnelle au secondaire et à l’université. Cette deuxième conférence a été donnée par M. AMOUSSOU Edmond, Directeur général de l’Agence Nationale Pour l’Emploi (ANPE) avec la modération de Mme Maryse Quashie.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA  OLYMPUS DIGITAL CAMERA  OLYMPUS DIGITAL CAMERA

           Dans son mot introductif, M. Amoussou a remercié Le Rameau de Jessé pour l’occasion qui lui est offerte pour parler de l’emploi au Togo dans la mesure où la question n’est pas suffisamment abordée, par manque de cadre de réflexion sur le sujet.

Se saisissant des statistiques mondiales, M. Amoussou a expliqué que l’emploi salarié sera toujours en difficulté : « Personne  ne sera capable d’offrir dans la durée et plus tard suffisamment d’emplois salariésLe travail salarié sera  véritablement l’exception. Il faut en être convaincu dès à présent ».

Cette mise au point s’explique par des considérations sur la situation économique en rapport avec le taux de croissance démographique, le taux de croissance du PIB dans nos pays. En effet,  léconomie togolaise est marquée par :

Une agriculture  qui emploie plus de la moitié de la population avec 40% de contribution au PIB malgré une productivité très insuffisante à cause des méthodes anciennes de production.

Un secteur privé très faible en termes de participation.

Une économie informelle très prépondérante : 13% des  emplois  dans le secteur formel.

Problème de  qualification  par rapport aux exigences du marché de l’emploi.

Le taux de croissance de nos pays nest pas significatif pour une création importante demplois. Alors quel que soit le niveau de formation, la question de l’emploi reste extrêmement rédhibitoire, car les programmes d’emploi des jeunes ne sont pas efficaces. Pour le conférencier,  la formation professionnelle va être l’élément principal du défi, il faut révolutionner notre système d’enseignement et de formation.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA  OLYMPUS DIGITAL CAMERA  OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Ayant à cur de toucher la réalité des difficultés de l’emploi et la situation du chômage dans notre pays, l’association le Rameau de Jessé a voulu cette deuxième conférence plus interactive avec des participants de différents statuts pour exprimer leurs vécus, leurs interrogations et appréhensions.

Aussi a-t-elle voulu tour à tour donner la parole à des différentes catégories de personnes et de corps de métiers : des diplômés sans emploi, des artisans, des chefs d’entreprise, des formateurs, un homme  politique et un financier.

Les jeunes ont été les premiers à prendre la parole. Ils étaient représentés par Blandine Brathold (Journaliste- blogueuse),  Apédjinou Akuété (formation en Sciences de l’Éducation et animateur de radio) et Sodoli Komlan (employé de SOTRAL)

OLYMPUS DIGITAL CAMERA  OLYMPUS DIGITAL CAMERA  OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Ces  jeunes sont préoccupés par  linsuffisance de différents programmes pour l’emploi dans notre pays et des dispositions pour les jeunes qui finissent leur contrat avec  le programme de volontariat national (Provonat). Ils ont aussi soulevé le problème de linadéquation formation-emploi.  Ils sont suivis par M. Acrachi Ouattara, président de la chambre des métiers, qui a mis laccent  sur les problèmes relatifs à l’indisponibilité des matières premières, la non-valorisation de lartisanat provenant de très peu de visibilité du secteur dans notre pays.

En réponse à ces questions, le conférencier a reconnu l’inexistence d’un dispositif pour accompagner les chômeurs tout en précisant les limites des programmes d’employabilité, leur impertinence, car c’est l’économie qui crée les emplois et non l’argent du gouvernement dans les programmes. Pour lui, les programmes d’emploi montrent leur limite car la réponse au problème de chômage n’est pas dans l’emploi aidé fiscalement. En ce qui concerne le problème de l’adéquation,  Monsieur Amoussou suggère  une révolution de la formation, en changeant la représentation sur la formation professionnelle.

Pour le secteur de l’artisanat, le conférencier reconnaît qu’il y a lieu de promouvoir les métiers de l’artisanat et d’accompagner ces artisans pour faire prospérer leurs affaires. Dans ce cadre, il faut véritablement un débat sur la transformation des richesses.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA  OLYMPUS DIGITAL CAMERA  OLYMPUS DIGITAL CAMERA

La série de questions, qui a commencé avec la catégorie des demandeurs demploi, jeunes et artisans, a continué avec ceux qui offrent  des emplois : les chefs dentreprise. Ils étaient représentés par  M. Daya Sylvestre Minlekibe et M. Louis Azanleko. Ils  ont voulu savoir :

De quel levier dispose les pouvoirs publics pour promouvoir la création d’emploi de qualité et durable?

Quelles sont les ressources pour favoriser la croissance dans notre pays ?

Comment se fait la coordination entre les différents programmes de l’emploi des jeunes ?

Que fait le Togo, l’ANPE pour ne pas être envahi par la main d’uvre étrangère ?

Prenant en compte ces préoccupations, M. Amoussou a affirmé qu’il y a effectivement un problème de coordination des différents programmes de l’emploi des jeunes parce que les centres de décision sont multiples. Il serait nécessaire davoir réellement un programme national d’appui au secteur privé, de repenser le secteur agro-industriel qui peut être une bonne réponse. Il faut vraiment appuyer l’investissement national. Le conférencier, après avoir évoqué le problème de la main duvre de qualité, a invité les chefs dentreprise à jouer leur rôle dans la promotion de leur secteur dans notre pays.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA  OLYMPUS DIGITAL CAMERA  OLYMPUS DIGITAL CAMERA

La question demploi concerne aussi notre système de formation et cest pourquoi des formateurs, représentés par Mme Poovi Nouwodjro et M. Jean-Claude Yabouri, ont pris la parole. Mme Nouwodjro a mis laccent sur les problèmes de chômage des para-médicaux qui après cinq ans dans le programme de volontariat (Provonat) reviennent grossir le rang des chômeurs dans notre pays.

M. Yabouri, quant à lui, a abordé les problèmes de lorientation scolaire et professionnelle et  il a surtout mis en cause la responsabilité de l’école et de l’université dans le chômage des jeunes.

 Pour le Directeur général de l’ANPE, comment comprendre que l’État investisse dans la formation  des para-médicaux et à la fin de la formation il ne les emploie pas ?  Nest-ce pas une incongruité ? Il devrait exister en principe une automaticité dans l’intégration d’un certain nombre de corps de métiers comme les infirmiers et sages-femmes, les conseillers de jeunesse et sports etc.

 Il a enfin indiqué les différentes dispositions qui sont en train d’être prise par son département  pour résoudre le problème de l’adéquation de la formation et des besoins du marché de l’emploi.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA  OLYMPUS DIGITAL CAMERA  OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Deux personnes ont été aussi désignées pour interroger le conférencier : le professeur  Komi Wolou, représentant de parti politique Pacte Socialiste pour le Renouveau (PSR) et M. Thomas Koumou, président de Veille Economie.

Pour le Pr Wolou,

Est-il possible  de dire que l’État togolais est sur la bonne voie en ce qui concerne l’emploi ?

L’État ne brade-t-il pas la force de travail des jeunes volontaires lorsqu’au bout de cinq ans de contrat ils sont tout simplement appeler à céder leur place à d’autres ?

Ne fallait-il pas faire des prospectives pour éviter par exemple la formation massive des jeunes dans des secteurs qui ne sont pas porteurs d’emploi.

Pour le président de Veille Economie, il est illusoire de croire que le chômage est en baisse alors que l’économie togolaise est en récession. Le chômage est structurel pour notre pays et  pour lutter contre le chômage il faut une croissance à deux chiffres  au moins autour de 13% et sur un longue période. Comparaison n’étant pas raison, M. Koumou a souhaité que les problèmes de l’emploi soient traités conformément à la réalité de l’offre et de la demande, du pouvoir d’achat des togolais etc.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA  OLYMPUS DIGITAL CAMERA  OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Après cette première série de questions-réponses adressées par des personnes de différentes catégories au conférencier, le débat avec le public a commencé avec le témoignage M. MBueke Mawuli, un togolais de la diaspora (Gabon). Il a affirmé que la situation de précarité de l’emploi salarié est la même au Gabon où il réside. Ensuite les questions du public ont porté principalement sur :

  • Le sort des volontaires au bout de 5ans de contrat.
  • La discrimination sur le marché de l’emploi par rapport aux appartenances (ethniques, religieuses, loges etc.).
  • L’orientation et l’adéquation formation-emploi.
  •  La nécessité des états généraux de l’éducation.
  • La formation professionnelle.

Prenant le problème dans  sa globalité, M. Amoussou a répondu en ces termes : étant donné que des milliers de jeunes n’arrivent pas à s’insérer dans les différents programmes de l’emploi, il est clair qu’il faut réorienter les politiques publiques en ce qui concerne la création de richesses, les investissements et la valorisation des métiers. Sans aucun doute,  l’État a encore des choses à faire pour réorienter les jeunes  vers des secteurs d’activités qui sont porteurs. Il y a lieu  par exemple dencourager les entreprises privées  à recruter, de faire le recensement sur les besoins de main d’uvre. Il faut donc des référentiels de formation et ils sont en cours d’élaboration pour qu’à la longue, la formation professionnelle soit privilégiée avec un dispositif clair. Tout en regrettant l’inexistence de couloir de discussion qui doit déboucher sur des actions, le conférencier a invité les partis politiques à former les jeunes sur les différentes thématiques du marché de l’emploi.

Créer ce couloir de discussion, le maintenir et lanimer voilà un des objectifs de lassociation Le Rameau de Jessé qui organise tous les deux mois une conférence.

La prochaine conférence portera sur le thème de la création des emplois dans notre pays.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA  OLYMPUS DIGITAL CAMERA  OLYMPUS DIGITAL CAMERA

NOTRE AVENIR NOUS APPARTIENT

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

*