La paresse et l’incompétence de nos gouvernants : Source d’une parité monétaire défavorable

Par Denise Eyram AHLIGO, Journaliste et membre du Rameau de Jessé

La paresse et l’incompétence de nos gouvernants source d’une parité monétaire défavorable, tel est le titre d’un document proposé et exposé dans une conférence-débat le 28 mars dernier par  Mr Thomas KOUMOU de l’association Veille Economique.

Faut-il abandonner immédiatement le franc CFA pour montrer une forme de souveraineté monétaire ou bien la sortie de la zone monétaire CFA mériterait une préparation et donc des conditions à remplir pour une sortie réussie ? L’opinion pense que les pays qui utilisent le CFA  (Franc des Colonies Françaises d’Afrique. Actuellement Franc de la Communauté Financière d’Afrique) se développeraient beaucoup plus facilement et rapidement s’ils arrivaient à avoir leur propre monnaie. Voilà la problématique de cette conférence qui a suscité beaucoup de questions de la part de l’auditoire.

  • I. Le désarrimage de l’euro serait synonyme de suicide au stade actuel

 Après avoir rappelé brièvement l’historique du  franc CFA, Mr KOUMOU a procédé à une démonstration rigoureuse de sa thèse : le désarrimage de l’euro, au stade actuel, serait synonyme de suicide pour les Etats africains qui utilisent le CFA.

Pour le Président de Veille Economique, d’une part l’environnement politique dans nos Etats africains – l’absence de la démocratie, les procédures peu transparentes des nominations, l’absence de bonne gouvernance -, et d’autre part l’environnement géopolitique et géostratégique mondial ne sont pas propices pour un choix raisonnable de quitter la zone monétaire CFA arrimée actuellement sur l’euro.

Sur le plan géostratégique et géopolitique, il faut avoir le courage et la lucidité de reconnaitre que le monde est dominé par des puissances avec lesquelles pour l’instant, nous n’avons pas en tant qu’Africain, les moyens de rivaliser. Et au risque de heurter les susceptibilités de certains, la France fait partie de ces puissances. Lorsque la roue de l’histoire vous place du côté défavorable des choses, vous avez le devoir de vous organiser pour survivre. Et aucun pays africain, n’a réussi depuis les indépendances à imposer au commerce international ses produits et par ce biais sa monnaie au monde.  Pendant ce temps, les pays asiatiques avec une organisation sérieuse et une planification sur 50 ans, sont arrivés à imposer au monde leur commerce extérieur et leur monnaie. On constate malheureusement l’absence des gouvernants africains parmi les grandes instances informelles où se prennent les grandes décisions qui impactent durablement la marche du monde. Nous devons cesser de rêver pour mettre rapidement à la tête de nos Etats des dirigeants travailleurs, compétents comprenant la marche du monde et ses enjeux ;  des dirigeants capables de tracer la voie menant nos pays à la table des décideurs du monde. Que le trésor français ou la France détienne la garantie du CFA découle de toute évidence des rapports géostratégiques et géopolitiques qui ont régenté le monde depuis trois siècles.
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Du point de vue politique, le problème de succession à la tête de nos Etats est récurrent ; l’absence de gestion saine des finances publiques résultant du non-respect des normes démocratiques et le manque de transparence augmentent le risque de l’instabilité économique. Economiquement parlant, nos Etats africains manquent de véritable structuration et de modélisation. Et puis techniquement, nos « brillants intellectuels » partisans de la sortie du franc CFA ont-ils déjà théorisé la demande de monnaie de nos économies en fonction de notre environnement, de notre culture, de notre histoire et de l’évolution actuelle de l’économie mondiale ? Les partisans  de la sortie du franc CFA, sans aucune étude préalable, ne nous proposent-ils pas un saut dans le vide sans parachute ?

  • II. Les options de sorties du FCFA

Il est clair pour nous que notre combat à l’heure actuelle, en tant que jeune génération, c’est de tout mettre en œuvre afin de doter nos états de gouvernants dont la compétence et la haute moralité ne souffriraient d’aucune contestation. C’est à ce niveau que nous pensons que se trouve la clé de notre évolution. Une analyse de la situation suite à l’effort de renforcement de la démocratie et de  la structuration des économies de nos Etats pourraient conduire à envisager trois approches pour sortir du FCFA : un scénario unitaire, un scénario communautaire avec les deux zones réunies et un scénario de court terme.

Le scénario unitaire consiste en ce que tous les Etats africains se retrouvent avec leurs propres monnaies. Mais il faudra dans ce cas négocier probablement certains accords commerciaux, reprendre le processus de mise en place d’une monnaie notamment la mise en place des réserves, le choix de l’étalon, du fournisseur chargé de la frappe de monnaie, l’évaluation de notre économie etc… Ce scénario, qui serait nationaliste, est une voie sans issue dans l’économie actuelle. Nous ne pouvons pas et plus l’emprunter.

Le scénario communautaire avec les deux zones réunies que sont l’UEMOA et le CEMAC, consiste en une sortie concertée des deux zones en bloc avec la création d’une zone monétaire unique entre l’UEMOA et le CEMAC. Ce cas va conférer à cette zone unifiée sur le plan monétaire un marché élargi et diversifié permettant un développement endogène rapide des échanges commerciaux. Mais ce scenario n’est pas  aussi sans problème. Partant de l’exemple de la CEDEAO, Mr KOUMOU  affirme : « La CEDEAO a décidé depuis plusieurs années de doter ses ressortissants d’une carte d’identité communautaire. Et jusqu’à ce jour cela n’est pas fait. Lorsqu’on est incapable de fabriquer des cartes  d’identité communautaires dans des délais raisonnables, comment peut-on aboutir à une monnaie unique de la CEDEAO dans des délais courts ? »  Pour le  conférencier, vouloir adopter une monnaie pour les deux zones UEMOA et CEMAC requiert une réflexion approfondie, lorsqu’on sait que les pays des deux unions possèdent des cultures politiques différentes, des trajectoires historiques différentes et des approches macroéconomiques différentes.

Et enfin avec le scénario de court terme, il faudrait peut-être revisiter la convention qui lie nos Etats au trésor français et avoir la possibilité d’indexer le FCFA sur un panier de devises. Cette opération peut être précédée de la création d’une monnaie de référence similaire aux Droits de Tirages Spéciaux (DTS), indexée sur un panier de devises représentant les devises des pays avec lesquels la zone UEMOA effectue les échanges commerciaux. Mais il faut tout de même préciser que pour pouvoir indexer la monnaie de la zone sur un panier de devise, il faut absolument résoudre le problème de la non-diversification de nos partenaires en matière de commerce extérieur.  Mais pour Mr KOUMOU les grands obstacles sont nos gouvernants car ils veulent rester au pouvoir envers et contre tous sans pour autant être capables de mettre sur la table la fameuse convention qui nous lie à la France afin que les partisans de la sortie du CFA puissent prendre connaissance de contenu.
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Comment peut-on vouloir modifier une convention qu’on ne connait pas ? Le retard constaté de nos pays africains face au reste du monde est totalement imputable à la paresse et à l’incompétence de nos gouvernants sur les 50 dernières années. Lorsque l’Afrique aura trouvé de grands leaders démocratiques, elle pourra mieux structurer son économie. Lorsque nous aurons orienté nos économies vers l’extérieur avec des produits manufacturés, alors nous parlerons de la monnaie.

Le conférencier pour finir son  exposé a proposé une analyse comparative pour illustrer sa thèse. Pour lui avant le dollar zimbabwéen, le cedi ghanéen, le naira nigérian, qui connaissent des difficultés actuellement à des degrés divers, il y a eu le franc zaïre dont le parcours confirme que l’évolution économique est davantage liée à la qualité  des gouvernants qu’à une indépendance monétaire. Les pays  précités ont tous depuis des dizaines d’années leur indépendance monétaire, synonyme de flexibilité monétaire et pourtant aucun n’est dans le peloton de tête des pays émergents.

En 1967 le Zaïre remplace le franc congolais avec une valeur de 2 dollar usa. Ceci signifie que l’évaluation du niveau de l’économie du Zaïre et de son commerce extérieur permet d’avoir une devise plus forte que le dollar américain.

En 1976 le Zaïre fut réévalué à 1,1 zaïre, pour une parité pour 1 franc zaïre  égal 1DST

En 1992, un changement spectaculaire, le taux d’échange était 1 990 000 de franc zaïre pour 1 dollar américain… Pour comprendre cette descente aux enfers, l’orateur nous invite à revoir ce qu’a été le Zaïre sous Mobutu et ce qu’il a légué à la génération  future.

Avec cet exemple Mr KOUMOU se demande, pourrait-on raisonnablement prétendre que la République Démocratique du Congo est un pays pauvre parce qu’elle n’a pas sa propre monnaie ?  Est-ce la pauvreté  de la R.D.C. ou l’incompétence  et la paresse des dirigeants africains qui n’ont pas pu et su structurer leur économie et avoir une vision pour leur pays ? La paresse et l’incompétence de nos dirigeants ne serait –elle pas une des principales causes de la misère et du retard de nos payas ? Voilà la question finale du président de Veille Economique qui a ouvert le débat avec le public.
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2 Commentaires le La paresse et l’incompétence de nos gouvernants : Source d’une parité monétaire défavorable

  1. Je pense que s’il est une chose évidente par elle-même aujourd’hui c’est que le CFA comme le dit si bien le Professeur Nubukpo,représente une servitude volontaire.Et face à cet état de chose nous devons avoir une liberté volontaire et monétaire. C’est-à-dire abandonner cette monnaie.Toutefois je fais partie de ceux qui pensent qu’il faut prendre du temps pour réfléchir aux mécanismes à mettre en place pour une sortie raisonnable et raisonnée,afin que nos économies ne se retrouvent pas dans un état catastrophique. S’il y a une chose qui me désole,c’est le fait que certains dirigeants africains continuent de soutenir que le Cfa arrimé à l’euro est une monnaie dont profitent les pays l’utilisant. Où est passé le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes? Ce droit n’est pas seulement juridique,politique,il est aussi économique ,culturel.Plus de cinquante ans d’indépendance nous ne sommes pas toujours arrivés à nous débarrasser de nos habits d’esclaves,de colonisés. On a l’impression que nous regrettons nos chaînes. Ces dirigeants dont je parle ,doivent savoir que ils rendront des comptes tôt ou tard au peuple africain,à moins qu’ils ne fassent plus partie de ce monde. Ils doivent aussi avoir à l’esprit que « l’histoire n’est pas amnésique » ,elle retient toujours.

  2. Bonjour
    C’est une vérité incontournable que toute nation, pays qui bat sa propre monnaie contrôle mieux ses dépenses et son budget, s il y a une réelle volonté politique d attendre son indépendance financière . Je sais que le chemin sera long mais il faut s armer de courage et d un déterminisme national pour y parvenir.

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